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Avril 1916

La fourragère créée le 21 avril 1916 par l’État récompense les actions d’éclat des régiments et unités de l’armée. Tressée de rouge et vert, elle est portée sur l’épaule gauche du soldat. Le ministère de la Guerre décide également de distinguer d’un chevron en forme de V renversé les militaires qui ont passé un certain temps aux armées ou qui ont été blessés : le chevron porté au bras gauche est attribué par année de présence puis pour chaque période de six mois. Celui porté au bras droit est ajouté pour chaque blessure.

01 décembre 2017
Auteur : Patrick Roques

Main d’œuvre

La main-d’œuvre manque cruellement dans tous les secteurs de la vie quotidienne et deux, l’agriculture et l’industrie, essentiels au pays, ressentent plus particulièrement cette pénurie.


Dans l’agriculture

Dans l’agriculture, de nombreuses mesures sont prises pour pallier ce manque. Des registres sont ouverts dans les mairies de chefs-lieux de canton afin de mettre en relation ceux qui offrent du travail et ceux qui en demandent. Les permissions agricoles sont facilitées et la seule pièce à produire à toute demande est le certificat du maire attestant que le demandeur exerce une profession agricole. Le maire de Gaillac informe les propriétaires que l’autorité militaire met à leur disposition des soldats du dépôt d’Albi pour 2 F par jour avec nourriture, logement et transport.
Le préfet de l’Aveyron propose des prisonniers de guerre pour les travaux agricoles aux maires en relation avec les Comités d’action agricole. Les prisonniers seront par équipes de 20, gardés par des militaires, à charge pour les communes d’assurer leur logement et pour les employeurs de les nourrir et de les payer (0.40 à 0.60 F par jour selon le travail fourni). La commune ou les employeurs prennent en charge la nourriture des militaires et seront remboursés par l’armée de 1,05F par jour et par homme.
Les femmes, enfants et vieillards sont également mis à contribution et "exécutent avec courage et vaillance les travaux préparatoires pour les semailles et plantations de printemps". À Carcassonne, le 7 avril, un concours de greffage réservé aux seules femmes et enfants est organisé au domaine de Laconte propriété de monsieur Malric dans le but de renforcer les motivations de chacun. Le préfet du Tarn va jusqu’à proposer des blessés des hôpitaux de physiothérapie aux agriculteurs du département pour qu’ils les embauchent à condition qu’il "ne leur soit pas demandé du travail au-dessus de leurs forces ou de leur capacité physique".
Même un des éléphants du cirque Pinder de passage à Montauban, est attelé à une charrue et employé au labourage sur la propriété de monsieur Dubois-Godin. Enfin, le directeur des services départementaux agricoles de l’Ariège demande aux agriculteurs de cultiver des pommes de terre sur les parcelles qui n’ont pas été ensemencées de céréales. Dans les cantons de plaine, il préconise les haricots et le maïs "culture si rémunératrice".


Dans l’industrie

Le 13 avril, 50 kabyles arrivent à Pamiers pour travailler aux usines métallurgiques. Ils sont alors logés à l’ancienne chapelle de l’ex-couvent Sainte-Ursule. Une semaine plus tard, le "Lotus", paquebot des Messageries Maritimes, arrive à Marseille avec 1 466 ouvriers annamites : ils seront utilisés dans les usines de guerre.
Un appel est également lancé à toutes les personnes, hommes non mobilisables, femmes, enfants, vieillards, réfugiés mais aussi mutilés, blessés, réformés, convalescents qui désirent travailler pour la défense nationale. Ils doivent se faire connaître au bureau de placement gratuit.
Les centres d’hospitalisation toulousains  sont pris en exemple car à l’initiative du docteur Pros-Maréchal, directeur du service sanitaire de la 17e région militaire, la nôtre, les blessés travaillent "chacun d’après ses moyens" là où ils sont soignés. "L’initiative [produisant] dans cette ville une économie de plus de 10 000 F", le ministre de la Guerre approuve cette mesure qu’il souhaite étendre à la France.
Même les mutilés de guerre sont mis à contribution car leur recrutement expérimental pour les usines "s’avérant être un succès", il est étendu à toute la production sur des postes adaptés.


Approvisionnement

L’approvisionnent rencontre de plus en plus de difficultés. Face à la crise de la pomme de terre, le gouvernement en obtient 60 000 tonnes de l’Italie, le 13 avril, pour mettre fin au mouvement de spéculation. Parce que le transport de combustibles est essentiel à l’armée, la commission du réseau du Midi supprime de nombreux trains de voyageurs et mécontente les clients qui apprennent par ailleurs les bons résultats de la Compagnie des chemins de fer du Midi : les recettes de 1915 sont supérieures de 6 millions de francs à celles de 1914, augmentation due à l’importance du trafic qui se développe avec les industries travaillant pour la défense nationale.
C’est également à cause des réquisitions de l’armée que des marchandises comme le vin, deviennent de plus en plus chères. Elle avait pourtant essayé de remplacer le vin par le cidre mais le comité d’hygiène a porté un avis contradictoire.
Quelques initiatives sont en conséquence prises : par exemple, le 22 avril, à cause de l’augmentation du prix des denrées de toute nature, le conseil d’administration de la société de Commentry-Fourchambault, décide d’allouer une prime mensuelle de 10 F aux ouvriers, 8 F aux femmes et 5 F aux enfants âgés de moins de 16 ans travaillant dans les différents chantiers des mines et usines de Decazeville. Cette prime sera payée aux blessés et malades et sera supprimée trois mois après la cessation des hostilités.
L’État légifère enfin et règlemente les prix des denrées suivantes « pour les hostilités et trois mois après leur fin » : sucre, café, huiles, huile et essence de pétrole, pommes de terre, margarine, lait, graisses alimentaires, huiles comestibles, légumes secs, engrais commerciaux, sulfate de cuivre et soufre. Un comité consultatif est institué dans chaque département et les commerçants sont tenus d’afficher les prix fixés par le préfet. Le blé, la farine et le pain sont soumis à la loi du 16 octobre 1915. Enfin, la loi sur le prix de vente maximum des charbons est publiée.


La Victoire

"Le devoir de chacun est de hâter la Victoire" : c’est la raison pour laquelle les Français sont incités à échanger leur or contre des billets de banque et à souscrire aux bons de la défense nationale. La  Banque de France décide de délivrer un nouveau certificat (reproduit ci-dessus) donné à la demande des intéressés. Il constitue un témoignage de civisme. 


Culture

Le musée Ingres, à Montauban, reçoit le 1er avril, au décès des époux Cambon, une collection d’œuvres d’art léguée par Gustave Cambon ancien notaire. La collection se compose essentiellement de meubles, d’objets d’art ou bien d’œuvres peintes ou dessinées par son frère Armand élève d’Ingres. 10 000 F également donnés doivent couvrir les frais de déménagement et d’installation de la maison personnelle, au musée.
Par ailleurs, le 6 avril, Georges Champenois de Paris reçoit la Violette d’or de l’académie des Jeux Floraux pour son poème : "la résurrection". Deux Fleurs d’argent sont décernées à madame Jeanne Marvig de Toulouse pour les "Tisserands de la Gloire" et à Max Bégouen de Montesquieu-Avantès (09) pour "Quelques poèmes".


Fraudes

Jean Couronne, industriel toulousain, est accusé d’avoir fourni aux armées des obus défectueux maquillés de façon à tromper les contrôleurs : il est puni à 6 mois de prison et 5 F d’amende.
C’est également en avril qu’est jugée l’affaire du Saut-du-Tarn à Saint-Juéry : le directeur de l’usine du Saut-du-Tarn aurait obtenu grâce à ses relations l’avancement espéré par le contrôleur du ministère chargé de vérifier et d’accepter la production. Touchant 200 F par mois de pot-de-vin, le contrôleur de l’État aurait été moins vigilant ce qui aurait facilité la fabrication et la livraison des obus. L’usine accusait alors de forts retards et risquait de perdre ce marché juteux. L’affaire a été découverte grâce à la photographie d’une lettre manuscrite écrite par le directeur et envoyée au capitaine d’artillerie qui dirigeait le contrôle. Le 16 avril, le directeur de l’usine est condamné à 16 F d’amende, les prévenus sont acquittés par le conseil de guerre.
En revanche, l’industriel de Graulhet qui avait utilisé de faux tampons sur des peaux qu’il livrait aux armées, est condamné le 19 avril, à 3 mois de prison et 100 F d’amende, bénéficiant de circonstances atténuantes.


Oeuvres

Un corps d’infirmières temporaires est créé. Il est destiné à coopérer avec les infirmières de la Croix Rouge pour les blessés de l’armée : seules sont admises les femmes françaises âgées de plus de 21 ans "de moralité irréprochable, de santé robuste, possédant les connaissances requises pour coopérer au service hospitalier". Pour toute la durée de la guerre et six mois après, logées et nourries, elles toucheront une indemnité de 889 F à 1 354 F par an selon qu’elles seront stagiaire ou titulaires et une indemnité de 100 F pour l’habillement.
Et comme tous les mois, une nouvelle œuvre est créée, celle des orphelins de mère et dont le père est aux armées. En parallèle, les départements s’organisent comme celui du Tarn-et-Garonne qui a le projet de créer un comité départemental des œuvres de guerre chargé de venir en aide en particulier aux tuberculeux, aux orphelins et aux mutilés.


Vie municipale

Les enfants sont en congés scolaires de Pâques du mercredi 19 avril au lundi matin 1er mai. Désœuvrés, quelques-uns sont probablement les auteurs du nombre important d’isolateurs en porcelaine ou en verre fixés sur les poteaux télégraphiques qui ont été brisés par des jets de pierres. La direction des Postes de Carcassonne a déposé plainte à la gendarmerie et espère des résultats car les enfants qui ont brisé les isolateurs de la ligne de Carmaux ont, eux, été arrêtés.
Les "petits locataires toulousains" se constituent en comité d’action de défense car ils s’opposent aux augmentations de loyers qu’ils jugent excessives de la part de leurs propriétaires. D’autres toulousains se plaignent du manque d’eau, en hiver à partir de 22 h puis en avril de 11 à 19 h et de 22 h au lendemain matin. La mairie informe des nombreuses réparations à envisager et de l’absence d’agents, mobilisés.
D’autres habitants encore réclament la reprise des travaux de construction de l’hôpital urbain de Toulouse-Purpan : les travaux arrêtés depuis août 1914, les deux bâtiments en partie élevés se dégradent de jour en jour.
À Auch, la municipalité demande aux auscitains de réduire leur consommation de gaz et de charbon et montre l’exemple en supprimant 160 lanternes à partir de 23 h. Condom, également dans le Gers, décide de réduire de moitié son éclairage.
Aussi, lorsque 600 soldats du 76e régiment d’infanterie viennent le 22 avril à Villefranche-de-Rouergue parfaire leur formation, sont-ils accueillis en grande pompe par les autorités locales et les élèves de toutes les écoles de la ville. Leur arrivée est synonyme de ressources nouvelles pour une grande majorité des commerçants.


Soldats

Les nombreux convois de blessés qui arrivent en région, Auch, Toulouse, Carcassonne, Montpellier, Foix, Saint-Girons, Montauban… témoignent des durs combats qui se déroulent à la bataille de Verdun et des pertes subies.
Aussi, est-on heureux d’apprendre qu’un soldat albigeois du 96e régiment d’infanterie, prisonnier depuis le 31 août 1914 à Friedrichsfeld (Allemagne), a réussi son évasion le 18 mars 1916 avec six autres camarades. Ils ne marchaient que la nuit et, par prudence, se séparèrent en deux groupes. Avec deux autres compagnons il arriva aux Pays-Bas et se présenta au consul français. Rapatriés en France, les trois compagnons se reposent, notre soldat chez ses parents à Albi.
C’est également en avril que le préfet de l’Ariège remercie les propriétaires qui ont donné plus de 80 chiens de bergers adressés à la société pour l’amélioration de la race canine qui les dressera et les enverra au front comme chiens de guerre : ils accompagneront les patrouilles, serviront d’agents de liaison, aideront à la découverte de blessés…

 

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