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Juillet 1915

En créant le 2 juillet 1915, la mention "Mort pour la France", la Nation témoigne de sa reconnaissance envers ses soldats morts. La loi est appliquée rétroactivement à partir du 2 août 1914 à tout civil ou militaire ayant donné sa vie pour le pays et la mention doit être portée dans les registres communaux, en marge de l’acte de décès.

19 décembre 2016
Auteur : Patrick Roques

14 juillet

Le 14 juillet 1915, l’État organise le transfert des cendres de Claude Joseph Rouget dit de L’Isle (1760 – 1836) officier français et auteur de La Marseillaise. Exhumés du cimetière de Choisy-le-Roi la veille, ses restes sont transférés le matin en cortège à l’Arc-de-Triomphe. Le président de la République, Raymond Poincaré, entouré de nombreuses personnalités, se joint au cortège qui se dirige ensuite aux Invalides. Après le discours présidentiel, la foule défile devant le cercueil et les troupes rendent les honneurs. À 17 h, la dépouille est déposée dans la crypte de l’église Saint-Louis.

Au début du mois, le ministre de la Guerre décide d’annuler la revue du 14 juillet et demande aux maires de verser aux œuvres de guerre les sommes habituellement attribuées ce jour-là aux banquets, bals, illuminations, feux d’artifice… De nombreuses villes de la région, Auch, Foix, Castres… limitent les festivités en pavoisant seulement leurs monuments et bâtiments publics. Mais la distribution de bons de pains et de vin aux indigents est généralement maintenue. À Toulouse, la journée débute à 10 h par la visite aux tombes des morts et la municipalité améliore l’ordinaire des hôpitaux, distribue des paquets de cigarettes et donne gratuitement des représentations théâtrales. À 18 h, l’hymne des nations alliées est joué au Capitole en présence des consuls de Belgique, de Grande-Bretagne et d’Italie. Toute la journée des quêtes en faveur des "Orphelins Toulousains de la guerre" sont effectuées.

L’agriculture

Favorisées par une belle température, les moissons battent leur plein même si les rendements en blé s’avèrent moins importants que les années précédentes car les intempéries ont sévi les mois précédents. Les arrêtés préfectoraux réglementent les tarifs des battages : l’entrepreneur ne peut pas demander plus de 0,80 F par hectolitre de tout grain à battre, les ouvriers ne peuvent recevoir plus de 5 F par jour et les femmes plus de 3 F, sans compter la nourriture. Dans le Gers, les entrepreneurs de battage doivent tenir un carnet de moissons dans lequel ils consignent chaque jour et par commune la nature et la quantité de récolte qu’ils auront battue. Mais la main-d’œuvre étant rare, les préfets étendent les permissions militaires agricoles à tous "ceux habitués aux travaux manuels". Dans le Tarn-et-Garonne, des congés sont accordés aux cantonniers pour qu’ils participent aux travaux des champs et l’armée prête même ses chevaux.

Le 22 juillet, le ministre de l’agriculture diffuse les résultats du recensement du troupeau français : au 1er juillet, la France compte 12 286 849 bovins et 13 433 180 ovins.

L’enseignement, la vie culturelle et sportive

Juillet est le mois des résultats des examens, celui du baccalauréat, des concours des écoles d’art (chant, opéra-comique, déclamation, musique, solfège, instruments…). C’est le mois des remises des prix et des différentes distributions de récompenses municipales. C’est aussi le temps des vacances scolaires. Comme dans l’Ariège, elles débutent le 31 juillet et les cours reprendront au 1er octobre. Mais de nombreuses familles, celles des mobilisés, sont dans l’impossibilité de s’occuper de leurs enfants en cette période difficile. Aussi, les préfets demandent-ils aux maires d’organiser des garderies pendant les vacances scolaires pour "éviter le vagabondage des petits".

La vie municipale

Parmi les nombreuses missions des communes, celles de contrôles (contrôles économiques, contrôles des étrangers…) sont, en ces temps difficiles, les plus importantes. Les contrôles qui portent sur la qualité des produits sont les plus visibles : une laitière qui a pratiqué le "mouillage" du lait alors interdit, est condamnée à 48 h de prison avec sursis et 100 F d’amende. Pour les mêmes raisons, un négociant de vin est puni de 24 h de prison et 600 F d’amende. À Lunel, dans l’Hérault, un fabricant d’absinthe est arrêté et condamné à 180 000 F et à la confiscation de la marchandise illicite. Les communes doivent également contrôler les vitesses des automobiles : à Albi la vitesse est limitée à 12 km/h et les conducteurs ont l’obligation de s’arrêter aux octrois.

Les municipalités supportent surtout le poids de la guerre : la ville d’Albi a compté que la mobilisation lui a coûté 10 885,93 F du 2 août 1914 au 1er juillet 1915. La consommation d’eau a par exemple fortement augmenté à cause de la présence de réfugiés et de blessés toujours plus nombreux. Le service des eaux de Toulouse évalue cette augmentation à 40 000 m3 chaque jour pour les seuls hôpitaux temporaires. Et en période estivale, le manque d’eau se fait sentir : comme d’autres, le maire de Condom interdit le 25 juillet, l’arrosage des jardins ou l’abreuvage des animaux aux fontaines de la ville. Mais avec les fortes chaleurs, le nombre de noyades augmente et toutes les mairies sont touchées malgré les interdictions qu’elles prennent comme à Lavaur, Gaillac, Montauban… Cette dernière municipalité décide à la fin du mois de mettre à la disposition de la population une baignade surveillée par un agent de police. Située sur la berge sud de l’île de Sapiac, elle est ouverte tous les jours à partir du 1er août "pour les civils munis d’un caleçon de bain de 5 à 8 h et de 18 à 20 h".

Le nombre des "sans domiciles fixes" et des vagabonds augmente significativement et Albi encore, déclare le 27 juillet qu’au premier semestre, le bureau d’assistance de la Ville a secouru 536 personnes nécessiteuses et 130 réfugiés. Rodez informe, le 16 juillet, qu’elle recevra à l’établissement de Vabre quelques orphelins de guerre âgés de 6 à 12 ans à condition qu’ils soient aveyronnais.

Nos soldats

Nos soldats au front accueillent avec enthousiasme les "quatre jours". C’est la première permission accordée par l’armée depuis le 2 août 1914. Limitée à quatre jours, elle est définie dans une circulaire qui fixe le pourcentage des permissionnaires par régiment et les conditions de priorité : peuvent partir ceux qui ont six mois de front, ceux décorés de la croix de guerre ou de la Légion d’honneur et les pères de 5, 4, 3, 2 enfants puis les autres. Les trajets étant compris dans les quatre jours, des familles proches du front acceptent d’accueillir, de loger et nourrir les soldats sans familles et ceux dont les proches sont éloignés des combats.

Mais la troupe n’est pas qu’au front. Des soldats sur le territoire national sont en formation : comme à Villefranche-de-Rouergue, 120 hommes à peine formés quittent cette ville le 3 juillet pour aller combattre. D’autres soldats participent au maintien de l’ordre : aux ateliers de sellerie de Tarbes, une centaine d’ouvriers espagnols arrête le travail et menace les contremaîtres. Le 14 juillet, la troupe et les gendarmes interviennent et les ouvriers frondeurs sont arrêtés et licenciés. À la fin du mois, nos soldats étouffent rapidement une tentative de grève au transpyrénéen. Les ouvriers demandaient une augmentation de salaire à l’entreprise Escoffier.

Les blessés

Albi a calculé que du 7 septembre 1914 au 3 juillet 1915, 13 883 blessés, malades ou convalescents ont été hospitalisés dans les hôpitaux de la ville. Au 3 juillet, 602 militaires sont soignés mais depuis, les convois ont augmenté ce nombre : 404 blessés sont arrivés au début du mois et le nouvel hôpital n°54 fonctionne depuis le 12 juillet. Castelnaudary, dans l’Aude, compte 559 lits dans les divers hôpitaux de la ville et les associations distribuent 337,50 F par lit, l’hôpital temporaire n°12 (caserne Saint-François) avec 312 lits étant le plus important.

Les blessés handicapés commencent à être pris en charge par des écoles spécialisées nouvellement créées. À Toulouse, à l’hôpital n°29, ils apprennent depuis peu à concevoir des boîtes à outils, des petits bancs, des cadres à photos, des brouettes d’enfants, des bagues en aluminium… Avec le travail du bois, ils se forment à celui du cuir.

L’accès à certaines professions leur est facilité : le concours de préposé des contributions indirectes qui doit avoir lieu le 30 août prochain, est exclusivement réservé aux mutilés de guerre.

Œuvres sociales

Pour aider les blessés, les nécessiteux, les familles, les réfugiés, les orphelins de guerre… les associations d’entraide sont toujours actives : un festival kermesse est organisé au bénéfice des mutilés au Ramier toulousain avec des chants et un concert toute la journée. Bagnères-de-Luchon décide que deux concerts quotidiens seront donnés à partir du 1er août au kiosque des Quinconces.

Des journées à thèmes sont également programmées. Lors de "la journée française" des 23 et 24 mai derniers, 27 874,70 F ont été recueillis en Aveyron. Les aides autres que pécuniaires sont également mises en place : la famille du soldat, les marraines de guerre apportent alors du réconfort aux soldats par des lettres, des colis. Une nouvelle œuvre voit le jour en juillet, la "Croix tricolore". Elle a pour objectif de trouver une situation aux militaires réformés.

Des associations s’implantent dans tous les domaines notamment aux funérailles des soldats. Mais les autorités demandent le 23 juillet à la population de ne pas participer aux obsèques de tirailleurs africains qui, selon le rite musulman, se déroulent dans un certain isolement et excluent la présence de femmes.

Situation économique :

Le 4 juillet, le ministère du travail diffuse une enquête de ses services qui porte sur la vie industrielle et commerciale française après onze mois de guerre. Le nombre d’établissements en activité a baissé depuis le début de la guerre mais le nombre de chômeurs a fortement diminué dans ces derniers mois. La perte d’ouvriers due à l’incorporation des mobilisés a été vite compensée par l’utilisation de travailleurs qui exerçaient d’autres métiers avant la guerre et par la main-d’œuvre féminine et celle des jeunes garçons, des jeunes filles et des vieillards qui, à la ville comme à la campagne, dans le commerce et l'industrie comme dans l'agriculture, ont suppléé les absents. Notre Sud-Ouest a fait appel à la main-d’œuvre étrangère, espagnole surtout.

La baisse de la production dans l'industrie du vêtement pour civils est largement compensée par la demande d’uniformes pour nos soldats. Mais l’industrie hôtelière est parmi celles qui souffrent le plus et qui souffriront jusqu'à la fin de la guerre. C’est également le cas pour les banques, les compagnies d'assurances et l’ensemble des professions qui vivent du bâtiment. Dans ce secteur, le nombre de chômeurs est élevé même si parfois les commandes de l’armée sont les bienvenues : à Pamiers la décision est prise, le 15 juillet, de construire une voie ferrée entre l’usine métallurgique dans laquelle sont fabriquées des munitions et la gare.

Mémoires

Le travail de mémoire qui a débuté dès les premiers mois de la Grande Guerre par l’établissement de listes de morts dans les institutions et les collectivités, se poursuit. Le 17 juillet, le conseil municipal de Gaillac décide de réserver une place au nouveau cimetière pour élever un monument commémoratif "à ses victimes du devoir" et le collège de Condom ouvre un Livre d’or des anciens élèves et fonctionnaires morts au combat comme le fait le lycée de Foix.

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