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Décembre 1914

En décembre 1914, les familles préparent avec difficultés les premières fêtes de Noël et du jour de l’An de la Grande Guerre. Elles se dérouleront au front pour nombre de soldats, sous la mitraille.
Le 8 décembre, le gouvernement français est de retour dans la capitale sauf le ministère de la Guerre qui reste pour un temps encore à Bordeaux. La Bourse de Paris ouvre le même jour et un retour à une vie normale semble s’opérer. Le conseil des ministres se tient le 16 décembre à Paris et le parlement est convoqué le 22 décembre dans la ville.
Le pape entreprend le 14 décembre des démarches pour établir une trêve de Noël. En vain. Mais pour Benoit XV, "l’amour de la religion et de la patrie sont indissolubles […] et il ne faut jamais séparer dans son esprit ces deux affections".

03 décembre 2014
Auteur : Patrick Roques

Nos soldats

Les passe-montagnes sont avec les lainages, les protections les plus demandées dans les "paquets d’hiver de nos soldats". Les auteurs de monuments aux morts n’oublieront pas ces indispensables accessoires comme en témoigne la sculpture du monument de Lavercantière (Lot). Mais le 4 décembre, l’armée demande de ne plus envoyer de cache-nez ni de passe- montagnes de couleur vive trop visible. Le pantalon rouge ayant vécu, il faut alors adopter le bleu gris.

L’armée rappelle tout de même les quantités importantes de vêtements chauds qu’elle fournit aux soldats. Elle rend compte des efforts du service de fabrication qui a envoyé aux escadrilles une moyenne de deux fourrures par aviateur. Elle indique également que les militaires affectés au service de l’aviation touchent la solde afférente à leur rang et que les soldats aviateurs reçoivent un franc par jour lorsqu’ils sont légalement en service et deux francs dans le cas contraire.

Les autorités françaises préparent le réveillon du Nouvel An pour les soldats : l’intendance doit distribuer un menu composé de jambon, saucisson, pommes, oranges, un demi-litre de vin et un cigare pour chaque homme et une bouteille de Champagne pour quatre. Tous les soldats devraient ainsi être comblés même le plus petit d’entre eux, qui serait d’après la presse régionale, originaire de Grisolles dans le Tarn-et-Garonne. Incorporé au 7e régiment d’infanterie avec la classe 1914, il mesurerait 1,48 m.

Le lien entre les soldats et leurs familles passe par le courrier et l’administration des Postes informe que le 2 décembre, le bureau central a eu à gérer 1 620 000 lettres. Le nombre de colis postaux envoyés aux militaires est, à la mi-décembre, "tellement considérable" que plus de 100 wagons par jour (200 000 paquets) sont nécessaires au transport. La Poste rappelle que les colis ne doivent pas contenir de liquide, de denrées comestibles ou périssables.

Enfin, un évêque du Sud-Ouest exhorte les prêtres à aller au front car "là-bas, vous gagnez même ceux qui avant la guerre étaient séparés de nous, nous combattaient peut-être". "L’opinion publique s’émeut" écrit-il lorsqu’elle voit les ecclésiastiques partager la vie des soldats, donnant ainsi une bonne image de la religion.

Nos blessés

D’après une étude du professeur H. Harmann publiée au début du mois, les plaies produites par l’artillerie sont les plus nombreuses : 160 sur 268 cas, 90 fois par balles et la fréquence des fractures est importante, 112 sur 311 blessés.

Les convois de blessés arrivent toujours en grand nombre dans des hôpitaux. Les blessés ont froid car les couvertures sont chères aussi les associations font une fois encore appel aux dons de plumes d’oies, canards, volailles et d’étoffes leur permettant de confectionner des édredons et des couvre-pieds.

Le 18 décembre, les autorités prennent la décision de mettre "autant que possible" les blessés musulmans dans les mêmes hôpitaux que les autres blessés, métropolitains et indigènes, afin qu’ils constatent qu’ils sont tous soignés de la même manière.

Une permission d’une semaine est accordée aux militaires convalescents qui devront ensuite rejoindre leurs dépôts et une assistance par le travail est proposée à ceux qui le souhaitent.

Mais tous attendent Noël et ils sont nombreux ceux qui vont aux concerts organisés à leur intention. Les "dames de la Croix-Rouge" de Lectoure organisent un Arbre de Noël offert aux blessés de l’hospice ; des oranges pendent aux branches du sapin et un paquet est donné à chaque blessé. Il contient ½ kg de chocolats et de dragées, des figues, des dattes et des raisins glacés, du tabac et un flacon de liqueur, rhum ou armagnac. Une tombola suit et les lots sont des cigares, des pipes, des blagues à tabac, des canifs, des peignes etc…

Nos morts et disparus

Les familles sont dans la plus grande inquiétude. À Saint-Lizier, nombreuses sont celles sans nouvelles des leurs depuis le début du mois d’août. Et lorsque les nouvelles arrivent, elles sont parfois trompeuses : le 17 décembre, une famille demeurant à Lectoure apprend le décès d’un de ses fils. Quelques jours après celui-ci envoie de ses nouvelles en écrivant qu’il est blessé à un genou.

Parfois, la famille apprend par un tiers que le soldat porté disparu est en réalité prisonnier dans un camp en Allemagne.

Mais le plus souvent l’information est fiable et les familles sont nombreuses à demander au ministre de la Guerre la restitution des corps des leurs. L’autorité militaire rappelle alors la circulaire du 17 novembre : aucune exhumation n’est autorisée dans la zone des armées pour des raisons sanitaires et par "l’égalité de traitement à conserver entre les familles plus ou moins fortunées". L’armée précise que des instructions ont été données pour localiser et relever dans la mesure du possible l’emplacement des tombes des malheureux.

Les conseils de révision

La mise en route du contingent de la classe 1915 doit être effective au 20 décembre. Aussi, les conscrits préparent leur départ. Ceux de Villefranche-de-Rouergue se réunissent le dimanche 6 décembre. Après la messe de 10 h, ils font une quête qui rapporte 56,20 F et après le déjeuner offert par l’archiprêtre, ils parcourent les rues de la ville en chantant des refrains patriotiques. Puis ils déposent une gerbe de fleurs au pied du monument de 1870 et vont à 6 h du soir au café Roustan et à l’hôtel Oustin où leur est servi un excellent dîner.

En ce début de mois, les réformés et exemptés des classes précédentes sont également convoqués pour repasser en conseil de révision. Parce que le préfet redoute des insoumissions ou des désertions, il rappelle les conséquences que de telles décisions entraînent. Il précise aussi que ne seront réformés que "ceux qu’il est absolument impossible d’[…]utiliser".

Le besoin en hommes est important. Aussi le ministre de la Guerre lance l’incorporation des jeunes gens nés entre le 1er janvier et le 31 décembre 1896. Il demande à chacun de rapidement s’inscrire en mairie et décide ensuite que les conseils de révision débuteront dès le 4 janvier 1915 pour la classe 1916 et devront être terminés au 7 février suivant. Mais certains jeunes s’inquiètent pour leurs études et ils demandent de passer le baccalauréat en session spéciale.

Les conseils de guerre

Les conseils de guerre sont très actifs en cette fin d’année. Ils jugent des affaires concernant les vols notamment d’effets militaires, les escroqueries et les abus de confiance. Un infirmier est accusé d’avoir volé les affaires d’un blessé qu’il soignait et un militaire est inculpé car il a vendu une bicyclette qui ne lui appartenait pas.

Les actes d’insoumission, de désertion avec parfois quelques complicités sont signalés ainsi que les outrages à un supérieur, les refus d’obéissance et parfois les refus d’obtempérer aux réquisitions. Plus rarement, certains militaires sont accusés de port illégal d’insignes ou voies de fait envers un supérieur. La plus grande publicité sur ces jugements est alors faite.

La censure est également toujours active et le 28 décembre, la France de demain est interdit de parution.

La vie quotidienne

À cause du froid, on assiste à de nombreux feux de cheminée. Aussi, comme chaque année, la ville de Toulouse informe ses habitants qu’au 21 décembre, les agents de police accompagnés d’un ramoneur ou d’un couvreur visiteront toutes les maisons. Les ramoneurs – ceux qui auront pris la précaution de se faire inscrire au commissariat de police pour pouvoir travailler – interviendront sur les cheminées qui n’auront pas été nettoyées et les propriétaires paieront une amende.

C’est un incendie qui détruit en grande partie le 10 décembre l’usine Nougayrol boulevard Riquet à Toulouse. Cette usine confectionne 400 paires de chaussures par jour pour l’armée et 300 ouvriers vont être au chômage. Ils partageront probablement le sort de ceux de plus en plus nombreux, qui vivent dans la misère. La mendicité étant interdite, les mendigots sont arrêtés et des procès-verbaux leur sont dressés.

Les municipalités sont attentives aussi à l’entretien des chemins et routes. En décembre, les propriétaires des terrains situés en bordure de voies doivent, à la demande des maires, élaguer les arbres et tondre les haies.

Les habitants de Midi-Pyrénées se plaignent face aux difficultés rencontrées pour se ravitailler. Ils demandent que les boulangers mobilisés reviennent faire le pain indispensable : d’après les statistiques de 1913 publiées par l’historien Alain Prost, une famille composée de quatre personnes mange alors 2 kg de pain par jour.

Les habitants dénoncent alors ceux qui les trompent sur le poids du pain et certains professionnels sont poursuivis pour défaut de taxes et de balances. Le maire de Gaillac fixe le 19 décembre, le prix du pain bis à 0,30 F le kg et exige que les boulangers vendent des pains ronds de 5 kg et de 2,5 kg. D’autres personnes reprochent à une laitière d’additionner d’eau le lait, à un boucher de tromper ses clients sur la marchandise et de ne pas payer ses taxes sur les produits. Aussi, les commissaires parcourent villes et villages effectuant de nombreux contrôles.

Les nombreuses plaintes – elles concernent aussi l’absence de médecins en Midi-Pyrénées car ils sont réquisitionnés au front – témoignent du mécontentement grandissant de la population qui adhère pourtant encore aux efforts demandés notamment la partie la plus jeune. Elle participe avec entrain aux sociétés de préparation militaire comme celle de la Haute-Garonne qui organise toutes les semaines des cours d’apprentissage. Et, depuis le 23 décembre, dans un but patriotique, les jeunes font l’objet d’une attention particulière de l’armée : le capitaine Javogues inaugure une série de "conférences destinées aux jeunes gens des classes 1916 et 1917 désireux de perfectionner leur instruction et leur éducation militaires".

La population s’habitue aux difficultés de circuler et à la règlementation de plus en plus rigoureuse. Les sauf-conduits deviennent personnels et sont de deux sortes : sauf-conduits temporaires sur papier blanc, et sauf-conduits permanents sur carton vert. Le commissaire de police, ou à défaut le maire, délivre les documents temporaires pour se rendre à une distance inférieure ou égale à 150 kilomètres, aller ou retour. Le général commandant la subdivision délivre les sauf-conduits temporaires pour se rendre à une distance supérieure à 150 kilomètres, ainsi que les sauf-conduits permanents.

En cette fin de décembre, la situation de la ville de Toulouse décrite dans un de ses conseils municipaux est celle de nombreuses communes : "l’état du budget [est] difficile à mettre en œuvre" et "Les dépenses ont augmenté les recettes diminué". À l’exemple des "fourneaux économiques dont le nombre est monté de 5 à 14 qui a servi au début de la guerre 20 000 portions par jour et actuellement ramenées à 10 000", l’assistance aux plus défavorisés pèse sur le budget communal. Les traitements des employés mobilisés sont toujours versés et il faut, de plus, payer leurs remplaçants pour assurer une continuité dans les services de l’octroi, dans la police (57 policiers sont engagés) et chez les pompiers (25 pompiers temporaires). L’augmentation de la dépense de la Ville est alors de 68 627 francs. De plus, les rentrées de l’octroi ont fléchi significativement, les recettes de droits de place aussi car des marchés ont été réduits ou supprimés comme la foire annuelle de novembre sur les allées Lafayette, et les droits de voiries ont diminué avec la fermeture de magasins ou la suppression d’étalages sur la voie publique. Dans ce climat économique incertain, la Ville décide de prévoir la somme 200 000 francs pour les dépenses extraordinaires de la guerre.

Enfin, le conseiller municipal Albert Bedouce signale la nécessité d’agrandir le cimetière de Terre-Cabade et propose qu’une partie des terrains acquis soit affectée à l’association "le Souvenir français" pour inhumer dans un même coin de terre les soldats.

Les finances locales sont affectées par le conflit mais aussi par l’occupation par l’armée de locaux municipaux : le maire d’une commune du Tarn, monsieur Bro, indique le 19 décembre que les réparations aux locaux scolaires occupés par la troupe s’élèvent à 790 francs.

Malgré les difficultés économiques, le premier Noël de la guerre est fêté. La municipalité de Mazamet dans le Tarn rend compte du Noël de la commune. Sur les tables situées de part et d’autre du sapin, sont, à gauche les poupées pour les filles, à droite les petits soldats de bois pour les garçons. Les poupées des filles représentent "l’Alsacienne", la "dame de la Croix-Rouge" et la "Fille de charité des champs de bataille".

Pour le Nouvel An, les grandes villes autorisent exceptionnellement l’ouverture des cafés jusqu’à 22 h.

Les sports et spectacles

Le 3 décembre 1914, le match qui oppose le Stade Toulousain au Football association Section perpignanaise est annoncé et nombreux seront les spectateurs. Aussi nombreux sont ceux qui occupent sous un vent glacial les bancs en bois des tribunes et qui s’appuient aux lisses du terrain de Figeac le 6 décembre : la rencontre oppose le Stade figeacois au Collège Club villefranchois.

Les différentes structures enseignantes et associatives annoncent leur fermeture pour les vacances de Noël. À l’exemple de l’école des Beaux-Arts de Toulouse, les cours sont suspendus du 23 décembre à 17 heures au 4 janvier au matin. Seuls sont maintenus dans certaines municipalités les cours du soir pour adolescents et adultes les mardis et vendredis de 20 h à 21 h 30.

Le 19 décembre, "afin d’aider les musiciens qui souffrent du chômage" les concerts symphoniques reprennent au Grand café Barrié et le 24 décembre, le théâtre du Capitole annonce les représentations de Rigoletto puis de Carmen en spectacles de fin d’années.

Les foires et marchés

 

Le premier décembre, des trains spéciaux sont organisés pour faciliter l’accès à la grande foire du lendemain à Saint-Sulpice sur Lèze. Les foires sont d’excellents témoins des activités et échanges commerciaux. Lorsque le prix des veaux et des cochons gras est élevé comme à la foire du 22 décembre dans le Tarn, il fait le bonheur des vendeurs. Attirés par les affaires, ils sont alors plus nombreux. Sur les marchés toulousains, les prix véritables indicateurs de la vie économique sont les suivants et semblent stables : Blé de 21 à 22 F, avoine, de 10 à 11 F, maïs, de 17 à 19 F, oies grasses, de 0,90 à 1 F le demi-kilo, canards gras, 1,05 F le demi-kilo et les œufs, 1,40 F la douzaine.

Enfin, à la fin du mois, la direction des contributions indirectes publie les résultats complets de la récolte des vins non compris les résultats de la partie du territoire envahie : 56 134 159 hl en 1914 contre 41 053 832 hl en 1913. Les départements à plus fort rendement sont l’Hérault, l’Aude, la Gironde, le Gard, les Pyrénées-Orientales, la Charente Intérieure, le Var, l’Indre-et-Loire….

Les "bonnes œuvres"

 

Une kyrielle d’associations fondées sur l’initiative privée interviennent dans le domaine de l’assistance. La Croix-Rouge est la plus connue et le comité d’Auch de cet organisme informe à la fin du mois que sont seules autorisées à porter le brassard et à quêter au nom de la Croix-Rouge, les personnes munies : 1° de la carte d'identité du personnel appartenant à l'hôpital auxiliaire n° 13, signée par le délégué régional et par le directeur du service de santé de la 17e région ; 2° de l'autorisation de Mme la présidente. Il est vrai que les quêtes et demandes de dons en nature, en argent en faveur des blessés, prisonniers, disparus, réfugiés, familles nécessiteuses deviennent quotidiennes depuis quelques mois mais les listes des généreux donateurs sont publiées dans les journaux.

À côté des habituels "paquets d’hiver de nos soldats" de multiples œuvres abondent. Le "vin aux soldats" fonctionne bien dans le Tarn-et-Garonne, à Auch, les bénévoles lancent l’opération du "tricot du soldat", réalisant des lainages qu’ils envoient au front. Les "œuvres des mutilés" et la "fondation de l’œuvre des orphelins de guerre" sont créées en décembre ainsi que le "Noël des soldats". Cette opération consiste à préparer des colis contenant des victuailles à envoyer aux soldats.

Enfin, pour répondre aux premiers besoins, la mairie de Villefranche-de-Rouergue informe les habitants qu’elle mettra en paiement l’allocation des soutiens de famille tous les lundis, mercredi et vendredis matin à partir du 5 décembre. Le 12 décembre suivant, les maires demandent aux plus démunis qui sont pris en charge par l’assistance médicale gratuite, qu’ils fassent connaitre le médecin qu’ils ont choisi pour 1915. Et la mairie de Tarbes supprime à partir du 15 décembre toutes les subventions aux associations autres que les œuvres de bienfaisance.

 

Les réquisitions

Le 12 décembre, l’armée réceptionne à Tarbes les bestiaux qu’elle a réquisitionnés. Au petit matin, les nombreux propriétaires se présentent par communes et amènent leurs animaux à la commission mixte composée des autorités civiles locales et militaires. Ce jour-là, les bêtes réceptionnées seront payées 0,90 F le kg pour les bœufs, 0,85 F le kg pour les vaches. Les déclarations pour les chevaux et les mules doivent être faites en ce mois.

Les réquisitions portent encore sur tous les tombereaux et les brouettes de la région que les propriétaires doivent rapidement présenter. À Gaillac, le 19 décembre, l’autorité militaire demande à la mairie de recenser toutes les automobiles et leurs conducteurs.

La commission de Ravitaillement ayant réquisitionné l’usine de chocolats Saint-Bernard à Toulouse, l’entreprise informe le public le 30 décembre qu’elle ne peut livrer qu’en quantité très restreinte les chocolats en tablettes de 125 gr et qu’elle a supprimé pour cette année la fabrication de boules crème, Praliné et bonbons au chocolat, fournissant exclusivement les soldats.

Les réfugiés

Les réfugiés arrivent toujours en grand nombre dans la région, plus de 750 débarquent le 19 décembre à la gare de Gaillac ou à la fin du mois à celle de Castres. Les associations appellent aux dons de vêtements pour "nos amis belges" car les précédents dons sont déjà épuisés. Elles organisent des ventes du "drapeau belge" et la "journée du drapeau belge" qui s’est déroulée le dimanche a rapporté la somme de 720 F, montant témoignant "du mouvement de générosité qui dans la France entière s’est manifesté ce jour-là en faveur de nos braves amis belges".

Les étrangers, les prisonniers

La chasse aux entreprises et aux produits allemands se poursuit activement. Des colis de marchandises sont tous les jours mis sous séquestre. À Galan, dans le Tarn, en ce milieu de décembre, c’est le cas d’une propriété allemande mais la décision est annulée lorsque l’enquête démontre que cette propriété rapporte des revenus perçus par des Français. Le 8 décembre, un groupe d’Allemands est exclu de la région, extradé en Suisse.

Quelques jours plus tard, à Lourdes, des prisonniers alsaciens et allemands sont réunis dans le même camp. Une rixe assez grave éclate après que les Alsaciens ont entonné la Marseillaise. Les Lourdais demandent à l’armée de "traiter les Alsaciens-Lorrains non pas en Allemands mais en français" ou du moins qu’ils soient séparés des Allemands.

À Trèbes, dans le Tarn, les 150 prisonniers employés sur la ligne ferroviaire Albi – Saint-Affrique sont d’origine alsacienne ou polonaise. Les 50 autres qui travaillent sur la même ligne à la limite du département sont allemands. L’entreprise qui les emploie écrit que "tous travaillent très activement et très docilement". Des dépôts situés à Cordes, Monestiès et Carmaux sont aménagés pour loger les prisonniers qui devront construire la ligne Carmaux-Vindrac.

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