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Novembre 1914

Novembre 1914 débute, sur le champ de bataille, par le recul des Allemands suite à l’inondation, le 29 octobre, d’une partie de la Belgique par l’armée belge. Les armées en présence subissent le froid, la boue et la neige. Les déplacements sont difficiles, le front se stabilise de la mer du Nord à la Suisse. Les soldats pour se protéger, creusent le sol et la guerre des tranchées débute.

05 novembre 2014
Auteur : Patrick Roques

 

 

  • Le 1er novembre 1914, la Turquie entre dans le conflit.
  • Le 1er novembre 1914, la Russie déclare la guerre à la Turquie.
  • Le 2 novembre 1914, la Serbie déclare la guerre à la Turquie.
  • Le 5 novembre 1914, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à la Turquie.

 

 

Les gardes civils supprimés

L’État supprime au 1er novembre, les corps spéciaux de gardes civils créés par la loi du 7 janvier 1914. Cette milice est composée de volontaires mal formés et peu efficaces pour le maintien de l’ordre. Le coût de leur équipement (armes essentiellement) mais aussi le remboursement de leurs indemnités deviennent conséquents. Par ailleurs, la gendarmerie se méfie de ces auxiliaires parfois zélés.

À La Bastide-de-Sérou dans l’Ariège, les missions des 10 gardes nommés sur une commune de 2 528 habitants, sont nombreuses. Ils doivent assurer la surveillance des voies ferrés, la police locale, la police générale, la circulation routière, la surveillance des étrangers suspects, les arrestations des déserteurs, réfractaires et insoumis. Ils peuvent aussi dresser des contraventions, et assister aux réquisitions.

Nos soldats

Les besoins de l’armée en hommes sont toujours importants. Aussi la "chasse aux embusqués", ceux qui sont dans les sections de secrétaires, d’infirmiers, de commis ouvriers d’administration et qui pourraient être sur le front, est ouverte. Le service du recrutement demanda au "chef des hôpitaux d’une grande ville au sud de la Loire", de proposer des hommes pour passer devant le conseil de révision. Le nombre de soldats désignés étant infime, tous les hommes furent envoyés devant le conseil de révision qui en retint alors 220 sur les 254 employés dans les hôpitaux. En conséquence, de nouvelles commissions médicales composées de trois médecins étrangers au régiment sont créées le 20 novembre pour envoyer au front les " embusqués " ainsi qu’une commission spéciale de subdivision : elle est chargée de contrôler la pertinence des prolongations de congés de militaires en convalescence.

Par ailleurs, les réservistes et territoriaux des classes 1893 à 1910 sont rappelés le 27 novembre et les anciens officiers sont invités à reprendre du service pour servir au moins comme instructeurs dans les dépôts. Enfin, les conseils de révision de la classe 1915 terminés depuis fin novembre, le ministère de la Guerre veut préparer la classe 1916 dans le but de l’incorporer rapidement.

Afin de renforcer l’enthousiasme des jeunes, une semaine de formation est organisée pour les enfants du quartier toulousain de Saint-Cyprien. Elle concerne les classes 1915, 1916 et 1917 et débute le dimanche par des activités de tirs à l’école. Puis, le lundi des marches d’entraînement sont prévues suivies le mardi de cours de topographie et les mercredi et vendredi d’exercices physiques.

Le gouvernement français communique sur les efforts faits par la nation. Il informe que les armées en campagne ont reçu à ce jour, 1 736 000 couvertures, 1 100 000 tentes individuelles, 1 683 000 tricots, 1 494 000 ceintures de laine ou flanelle, 1 469 000 paires de chaussettes de laine et 904 000 paires de gants ou moufles, hors initiatives privées et qu’à partir du 20 novembre, les troupes recevront un nouvel uniforme : "la couleur est agréable et il est peu visible : le képi, la capote et le pantalon sont de la même couleur gris bleu". Par ailleurs, le courrier étant le seul lien entre les familles et les soldats, il rend compte du nombre important de lettres. Le bureau central militaire des Postes déclare qu’il a reçu le 26 novembre à destination des armées, 1 540 000 lettres et cartes postales, 158 000 lettres et objets recommandés, 4 000 journaux, 5 900 paquets ordinaires et 9 750 mandats. Il est rappelé aux familles qu’elles ne doivent pas envoyer de cartes postales se moquant des Allemands car en cas de capture, le soldat français qui a ces documents sur lui est maltraité voire fusillé.

Prenant soin de ses militaires, l’État autorise par décret du 18 novembre, le mariage des sous-officiers et des soldats sans l’autorisation du conseil d’administration de leur corps. Le ministre de l’Intérieur, Louis Malvy, invite aussi les préfets à "surseoir à l’exécution des prestations en nature non encore acquittées". Les conseils municipaux doivent donc exonérer les soldats mobilisés de la taxe vicinale payée pour l’entretien des chemins. Avec le développement de l’automobile, les routes doivent être mieux entretenues. Le 9 novembre sont créées les compagnies de cantonniers "pour la durée de la guerre". Chacune d’elles est composée d’un capitaine, de deux lieutenants ou sous-lieutenants, de 14 sous-officiers et de 600 cantonniers dont 20 ouvriers maçons, charpentiers et ouvriers en fer. L’armée informe qu’un nombre important de véhicules automobiles destinés au ravitaillement des armées va être mis prochainement en service : les conducteurs et ouvriers nécessaires seront pris sur les territoriaux et même parmi les hommes âgés de plus de 47 ans. Le ministère de la Guerre fait donc appel aux officiers complémentaires et aux anciens officiers.

Nos soldats disparus

Les "soldats disparus" sont tous les soldats portés manquant sur le front. Certains ont été faits prisonniers, d’autres sont morts au cours de combats acharnés et d’autres enfin ont disparu, leurs corps déchiquetés par la mitraille. Quelques-uns ont probablement déserté.

Comme aucune information ne paraît sur ces disparus, l’Express du Midi informe ses lecteurs de la création par ses soins, le 24 novembre, du "service des recherches des soldats disparus". Il demande aux familles d’envoyer les noms, prénoms, unité, grade, date et lieu de disparition et numéro de matricule. Ces informations publiées, le quotidien espère par cette initiative récolter des nouvelles sur les soldats disparus.

Nos blessés

La solidarité est toujours aussi importante. Ce mois-ci, les professeurs du secondaire donnent 2% de leur traitement au "Secours national", le personnel des contributions indirectes du département du Tarn verse en faveur des blessés. Le cercle des Aveyronnais de Marseille fournit tous renseignements sur les blessés aveyronnais de cette ville. À la fin du mois, un comité départemental est créé à Rodez. Il a pour mission d’informer les aveyronnais sur les lois, les règlements nombreux et nouveaux, sur les blessés, les retours des corps, l’envoi de colis, les allocations…

L’opération des "timbres de France" au profit de la Croix-Rouge est indispensable au financement des secours. Une surtaxe de 5 cts est prélevée sur les timbres de 10 cts. La Croix-Rouge établit qu’elle dépense 4 F par jour et par homme soigné. La somme rapportée de 2 000 F permet de soigner près de 500 blessés.

Nos prisonniers

Recevant peu d’informations des leurs, prisonniers en Allemagne, des familles sont en plein désarroi. Aussi, l’État organise les circuits de correspondance le 16 novembre. Pour l’envoi de lettres, il faut écrire l’identité du prisonnier avec son numéro de régiment, de compagnie, et le lieu d’internement (via Pontarlier). Les enveloppes doivent être ouvertes et les lettres ne comporter que des nouvelles portant sur la famille et la santé. La franchise est accordée jusqu’à 20 gr. Pour l’envoi d’argent, les seuls mandat-postes internationaux sont envoyés au Contrôle général des Postes à Berne (Suisse). Les colis postaux pour les prisonniers sont expédiés en franchise. Le seul droit à acquitter est un droit de 0,10 F, coût de la feuille d'expédition. Les paquets doivent être enveloppés dans de la toile et l’adresse, écrite, autant que possible, directement sur la toile. Ils sont reçus, pour Paris à la gare de Lyon et aux bureaux de la ville des Chemins de fer du P.-L.-M. et dans toutes les gares de France. Les envois doivent être accompagnés de deux feuilles de douane sans déclaration de valeur. Il faut y indiquer la nature du contenu. Les paquets peuvent renfermer des vêtements, du chocolat et quelques produits pharmaceutiques non liquides (ni tabac, ni allumettes, ni charcuterie). Leur poids ne doit pas dépasser 5 kg. Ces colis doivent porter l'adresse exacte du prisonnier (nom, prénoms, régiment, compagnie, lieu d'internement) et la mention "Via Genève".

Enfin, l’armée craignant que des informations puissent être données à nos ennemis, attire l’attention des familles sur le fait qu’il est interdit d’envoyer des journaux en Allemagne même sous forme d’emballage.

Les conseils de révision

Les autorités demandent, le 27 novembre, que les hommes invités à comparaître devant le conseil de révision, soient "dans un était de propreté convenable". Elles préviennent ceux qui se "présenteraient en état d'ivresse [qu’ils] seront arrêtés immédiatement et poursuivis en vertu de la loi du 23 janvier 1875". Ceux déclarés "BONS ABSENTS" (ceux qui ne se présenteront pas devant le conseil de révision) seront immédiatement envoyés au combat.

Le 28 novembre, la feuille de route du conseil de révision est à nouveau établie car cette fois, ses membres doivent examiner les exemptés, réformés n° 4, n° 2 ou réformés temporaires des classes 1887 à 1909 "habitant le département ou y résidant actuellement comme réfugiés ou échoués d'autres départements".

Les conseils de guerre

Le 7 novembre, le conseil de guerre permanent examine le cas d’un soldat allemand soupçonné d’avoir volé un sous-officier allemand également prisonnier. Il est condamné à 18 mois de prison. D’autres affaires sont jugées et un insoumis est condamné à 2 ans de prison, un soldat ayant volé du matériel militaire (3 kg de viande) à 1 an, un déserteur à 5 ans de prison. Un autre déserteur est puni d'un an de travaux publics et un dernier de deux ans.

Au cours du mois, le conseil de guerre traite des affaires suivantes : ivresse, tapage nocturne, rébellion et outrages envers des agents de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions, insoumission en temps de paix, et de guerre, refus d’obéissance sur un territoire en état de guerre. L’accusé est rarement acquitté comme dans l’affaire suivante : Un maître tailleur avait ordonné à un soldat d’aller travailler en plein froid et en plein vent sur une terrasse à Agen. Devant le refus de ce dernier, le soldat passe en conseil de guerre et est acquitté.

En justice civile, les affaires (délit de pêche) d’un mineur et d’un verrier sont renvoyées après les hostilités car les prévenus sont mobilisés.

L’agriculture

Essentielle aux besoins de l’armée, l’agriculture fait l’objet de toutes les attentions. Le maire de la commune de Labatut informe son conseil de la venue de monsieur Guy, directeur des services agricoles qui parcourt le département au sujet des semailles d’automne : "la culture du blé doit avoir en ce moment la prédominance sur les autres cultures". Pour augmenter les rendements, il faut ensemencer toutes les parcelles "notamment les vieilles luzernières, les trèfles d’un an et les chaumes". Le directeur incite fortement ses interlocuteurs à faire autour d’eux "une active propagande pour cultiver en priorité du blé, nécessaire aux besoins des armées".

Les maires sont alors chargés dans les huit départements de surveiller et diriger les travaux de labourage et les semailles d’automne. Ils doivent aussi ordonner aux agriculteurs qui auraient terminé leurs travaux, d’aller en effectuer chez ceux mobilisés ou dépourvus d’attelages. Ces travaux sont payés et ceux qui les refuseront, seront traduits devant les tribunaux compétents.

L’État évalue et connait les quantités des récoltes grâce aux déclarations que doit faire chaque agriculteur. Les prochaines déclarations doivent être faites avant le 30 novembre à 17 h.

Le 8 novembre, le Moniteur Viticole indique que la récolte de vin de 1914 s’établit à 60 millions d’hectolitres en France et de 6,5 millions d’hectolitres en Algérie. Une année moyenne représente 38 millions. Aussi, les préfets demandent aux viticulteurs de faire don des surplus de 1913 pour l’armée. Le 27 novembre, les stocks au marché des vins de Béziers (Hérault) sont épuisés.

L’Église

En ce jour de Toussaint 1914, "les églises sont pleines". Le culte des morts, les évènements, les incertitudes et les difficultés ravivent la foi. À Toulouse, après la grande messe, une cérémonie rassemble la foule autour du monument des Mobiles dédié à ceux de 1870. Le 3 novembre, l’association des dames françaises du Tarn fait célébrer une messe à la mémoire des soldats.

Le même jour, un des sous-lieutenants du 151e régiment d’infanterie, indique, dans une lettre aux parents d’un soldat mort, l’emplacement de sa tombe : marquée d’une croix à son nom, "elle se trouve à 200 m en amont du pont de La Neuville à l’est du canal de l’Aisne à la Marne". "Sachant les sentiments de votre fils, j’ai fait bénir la tombe par l’aumônier du régiment" écrit-il. Face à l’ampleur des pertes humaines, des cimetières collectifs sont créés près du front et la fosse commune est souvent une pratique courante. Des soldats mécontents de telles pratiques, enterrent eux-mêmes leurs compagnons lorsqu’ils le peuvent. Répondant au mécontentement, la loi 29 décembre 1915 impose les sépultures individuelles, bien difficiles à réaliser sur le champ de bataille.

La question de la laïcité reste délicate mais le ministre de la Guerre rappelle au respect de la liberté de conscience. Il ne peut pas y avoir de cérémonies cultuelles collectives dans les salles d’hôpitaux. Parce que l’État est le garant de la liberté de culte, par circulaire, le ministre indique que ceux qui le souhaitent peuvent suivre les messes dans les chapelles ou des salles spécialement dédiées. Mais la liberté de culte a parfois du mal à être appliquée localement. À Saint-Gaudens, vers la fin de novembre, la caserne ayant été transformée en établissement sanitaire, l’aumônier militaire demande l’autorisation de célébrer une messe dominicale. Elle lui est refusée au motif que la "circulaire Millerand n’est pas arrivée". En appel, le commandant militaire de Toulouse accorde l’autorisation. Mais, le prêtre subit ensuite de nombreux refus dus au même motif.

Se pose aussi la question des ecclésiastiques. Ceux territoriaux, trop vieux pour combattre, officient dans les hôpitaux. Pour ceux qui ne veulent pas porter les armes, le ministre de la Guerre décide vers le 15 novembre de les affecter aux sections d’infirmiers militaires ou dans les services auxiliaires (secrétariat…).

La loi de séparation des Églises et de l’État étant applicable sur le territoire français, les chefs de l’Islam d’Algérie, de Tunisie et du Maroc renouvellent leur loyalisme au gouvernement français ainsi que les grands marabouts de l’ordre religieux de Tedjana qui écrivent le 13 novembre qu’ils restent "fidèles au drapeau français et à la noble France".

La vie quotidienne

La région manquant encore de "petite monnaie" - de plus en plus de plaintes sont enregistrées – le 18 novembre, la chambre de commerce de Toulouse édite des billets de 1 F et 0,50 F échangeables avec de vrais billets, opération qui sera seulement pratiquée sur le département de la Haute-Garonne.

Ce n’est pas l’unique problème rencontré. Les ouvriers se plaignent de l’augmentation significative du prix de la viande et dénoncent certains commerçants qui trompent leurs clients sur le poids. Ils souhaitent que le prix de la viande soit encadré ainsi que celui des œufs qui comptent parmi les denrées de première nécessité. À Figeac, le prix des œufs est limité à 1,20 F alors qu’à la foire de Villefranche-de-Rouergue, le 21 novembre, libre, il est à 1,85 F.

À cette foire, à cause des réquisitions de l’armée, il y a moins de bœufs et de vaches. Les prix affichés sont les suivants : poules 0,60 F la livre, lapins 0,35 F, oies et canards gras 0,90 F, blé 22,50 F l’hectolitre, avoine 10,50 F les 50 kg, pommes de terre 4,50 F l’hectolitre. Châtaignes, noix et pommes sont également vendues ainsi que les veaux et les moutons 0,70 F le kg, les bœufs à 42 F et les porcs à 38 F les 50 kg.

Le 28 novembre, le marché aux canards et oies gras a commencé dans notre région car la période de froid sévit. Il s’est alors vendu 35 oies et 30 canards au marché de Gaillac à des prix variant de 1,80 F à 2 F le kg.

L’État est soucieux du ravitaillement et de l’approvisionnement de chaque département. Les autorités rassurent les consommateurs car, disent-elles alors, "le sucre ne manquera pas". Elles annoncent le 15 novembre, l’arrivée de 10 000 tonnes de sucre étranger au Havre et l’achat à New-York de 50 000 tonnes. Dans le Gers, le prix du sucre est toujours élevé : 56-59 F les 100 kg et raffiné, il coûte 18,5 sous le kg.

Le transport de marchandises doit être amélioré. Aussi, afin de le rendre plus efficace, un seul modèle de sauf-conduits temporaires ou permanents est appliqué en France à partir du 10 novembre et les horaires permettant la circulation automobile sont étendus de 4 h à 21 h. Les "autos Bonneville" situées au 54 boulevard Carnot à Toulouse rappellent alors qu’elles vendent de superbes véhicules de marque De Dion Bouton et Renault. Par ailleurs, la navigation fluviale, notamment sur la Garonne et le canal du Midi reprend. Malgré ces mesures, le chômage persiste toujours et le 17 novembre, le comité central de placement des chômeurs et réfugiés chargé d’aider à l’emploi est créé. Il y a pourtant du travail car le nombre de plaintes concernant les nombreuses défaillances dans les distributions d’eau ou de gaz en ville, du courrier dans les campagnes est important.

Enfin, contrairement aux années précédentes, le syndicat de la Boucherie informe qu’il n’y aura ni calendriers, ni bonbons, ni d’objets d’aucune sorte. Il réserve les sommes destinées à l’achat de ces objets aux soldats sur le front.

La vie associative et démocratique

Les habitants de Midi-Pyrénées s’informent des événements nationaux et internationaux par les actualités qui paraissent, après censure, dans les cinémas. Le prix des places est alors de 0,3 à 0,75 F. Les mouvements du front peuvent aussi être suivis sur des cartes sur lesquelles sont placés des petits drapeaux. Des feuilles contenant 250 drapeaux à double face assortis de nationalités différentes sont mises en vente au prix de 0,70 F la feuille. La publication des "pages d’histoire 1914", petits livres écrits au fur et à mesure des événements permet aussi de suivre la guerre.

Les sociétés de Géographie, d’Agriculture, d’Astronomie populaire se réunissent à nouveau depuis le milieu de novembre ce qui témoigne de l’activité de la vie associative. Mais ce n’est pas le cas de la vie démocratique. La révision des listes électorales est ajournées par le gouvernement jusqu’à la fin du conflit ainsi que les élections aux prud’hommes. D’ailleurs, 21 sièges sont vacants au parlement alors que trois députés et un sénateur sont morts sur le champ de bataille. Les autres sièges ne sont pas pourvus à l’exemple de celui de l’Aveyron parce que le député Alfred Cibiel est décédé et à l’exemple célèbre de Jean Jaurès assassiné, ces parlementaires ne sont pas remplacés. Les élections sont repoussées à des temps meilleurs.

Les "bonnes œuvres"

Le mois de novembre 1914, le froid est intense sur le front, le temps est très mauvais. "Il neige là-bas" écrit le chef de bataillon du 133e régiment d’infanterie territoriale lorsqu’il demande plus de vêtements chauds car "les besoins sont urgents". "Les conditions actuelles de la guerre sont rudes à cause des rigueurs de l’hiver" écrivent des soldats.

La mobilisation locale pour envoyer les "paquets d’hiver des soldats" ne faiblit pas malgré le froid qui règne aussi en Midi-Pyrénées : la neige tombe à Toulouse le 21 novembre. Le même jour, la mairie de Gaillac reçoit 50 kg de laine et fait appel aux volontaires pour tricoter chandails et écharpes. Les listes des personnes participant aux œuvres sont publiées dans la presse. Et les nombreux produits envoyés sont divers : chaussettes, gants, sabots, chemises, passe-montagnes, mitaines, manchettes, serviettes, moufles, cache-nez, plastrons, bandes tricotées, caleçons, cravates en laine, mouchoirs, gilets-tricots, chaussons, bandes de pansements, livres, cahiers de papier à cigarettes, savons, boîtes de sardines, saucissons, boîtes bruleur Sécuritas… Le capitaine Thalamas remercie au nom de ses hommes le maire de Gaillac pour les passe-montagnes, chaussettes, cache-nez et gants reçus et le colonel Taurignac fait de même pour les colis de vêtements pour ses soldats subissant le froid intense et les pluies glaciales.

Les associations caritatives demandent aux personnes libres de leur temps d'assister aux obsèques des soldats morts dans les nombreux hôpitaux locaux : par exemple celles du 28 novembre concernent le soldat Bénazeth, du 280e régiment d’infanterie, décédé à l’hôpital du Caousou.

Les sports

La vie sportive reprend et, le 7 novembre, le Comité national d’éducation physique de la jeunesse française est créé par le ministre de l’Instruction publique. Ce comité est sous la haute direction du baron Pierre de Coubertin.

Localement, le Stade toulousain, par suite de l’absence de calendrier cette saison, informe qu’il n’y aura pas de guichets ouverts et qu’il offre la gratuité de l’entrée du stade aux militaires. Le match de football-rugby entre les deux clubs toulousains, l’Harlequin club universitaire toulousain et le stade toulousain est amical et les prix des places s’étalent de 0,55 à 1,10 F selon qu’on soit au bord du terrain ou confortablement assis sur les planches des tribunes.

Réquisition

Le 11 novembre, l’armée informe du parcours de la remonte (la fourniture de chevaux pour la cavalerie). La commission viendra prendre les chevaux de 5 ans et plus dans les communes du Tarn-et-Garonne, de la Haute-Garonne et de l’Aude. Les réquisitions toujours plus nombreuses, se succèdent et les autorités décident de payer en totalité, vers la fin de novembre, celles concernant les mules, chevaux et mulets.

Les étrangers

La déclaration de guerre de la France à la Turquie a pour conséquence locale, la chasse à l’ennemi. Un commerçant toulousain, Turc, s’installe comme tous les jours sur sa place au marché du Capitole. Son étal est alors renversé, les produits jonchent le sol. Il "a dut lever l’ancre et transporter ailleurs ses babouches". Les habitants se plaignent aussi des austro-hongrois internés aux anciennes usines de la Maladrerie qui maraudent dans les vergers voisins en quête de nourriture.

Les biens des étrangers sont mis sous séquestre. Le 14 novembre, le président du tribunal ordonne la saisie d’une voiture appartenant à la maison allemande Krup avec toutes ses marchandises puis trois colis postaux de cuir adressés en Allemagne par la maison allemande Adler et Openheimer de Graulhet sont mis sous séquestre.

À la fin du mois, neuf jeunes filles allemandes sont renvoyées dans leur pays par la Suisse et les prisonniers allemands retenus en France doivent, pour certains, travailler. À Lisle, une cinquantaine d’entre eux "sera occupée à l’extraction du gravier nécessaire à l’entretien des routes".

Les réfugiés

Le 14 novembre, 1 350 réfugiés arrivent en gare de Saint-Sulpice et sont aussitôt répartis par les commissaires de police et les maires dans les communes voisines. Pour le seul arrondissement de Gaillac, 682 ont été logés : dont 79 à Grazac, 35 à Loupiac, 38 à La Sauzière-Saint-Jean, 77 à Lisle-sur-Tarn, 20 à Parisot, 31 à Peyrole, 100 à Gaillac, 27 à Cadalen, 36 à Montmiral, 24 à Larroque, 21 à Saint-Beauzile, 60 à Le Verdier, 63 à Vieux, 56 à Montans et 21 à Sénouillac.

Des représentations artistiques sont organisées pour les réfugiés comme celle à Toulouse, au Théâtre des Variétés. Le 27 novembre, des artistes belges se produisent devant leurs compatriotes.

Trafics et escrocs

Le 19 novembre la presse rapporte le trafic de denrées via la Suisse à l’Allemagne. Nos ennemis se ravitaillent en contrebande grâce à des intermédiaires sans scrupules. Ils auraient reçus ces derniers temps 300 wagons de châtaignes, blé et pommes de terre provenant d’Italie malgré les autorités italiennes qui interdisent ce trafic.

Le 27 novembre, des vols de "paquets d’hiver de nos soldats" se sont produits dans notre région. L’affaire fait grand bruit car les quatre voleurs arrêtés, sont tous employés de la compagnie des Chemins de fer du Midi. Ils sont déférés en conseil de guerre et le 30 novembre suivant, les cheminots se désolidarisent de ces malfaiteurs.

Une deuxième affaire défraie la chronique car le seul voleur arrêté d’une bande de quatre est bien jeune, il a dix ans. Avec ses comparses, ils se présentaient dans les différents magasins de la ville de Toulouse, mendiaient en se faisant passer pour des réfugiés belges pour mieux apitoyer les victimes et volaient des marchandises. Les complices de ce garçon sont activement recherchés.

 

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