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Août 1914

La mort le 31 juillet 1914 de Jean Jaurès crée une vive émotion en France et plus particulièrement à Paris, au siège de l’Humanité, journal qu’il a fondé en 1904, et dans le département du Tarn, à Albi, Gaillac, Carmaux notamment, terre d’élection du député socialiste. Mais les événements internationaux qui se déroulent alors laissent peu de place à cet assassinat. L’hommage national est rendu en présence du chef du gouvernement René Viviani, au quartier de Passy où demeurait le grand tribun. Le cortège accompagne ensuite le corps à la gare d’Orsay où il part rejoindre les terres du Tarn.
Le 2 août 1914, la Verrerie ouvrière d’Albi ferme en signe de deuil, le drapeau tricolore est mis en berne dans quelques communes du Tarn.
Le 31 juillet, l’empire allemand décrète l’état de guerre et coupe ses communications (routes, téléphones télégraphes, voies ferrées…) avec ses voisins alors que le lieutenant français Desroches, du 2e régiment de tirailleurs, est tué au cours de combats lors de la "campagne du Maroc".
Le chef d’état-major français, le général Joffre, obtient en soirée l’"ordre de couverture" qui lui permet de protéger les frontières en attendant les renforts fournis par la mobilisation.
En ce mois d’août, les prises de position des belligérants – les déclarations de guerre - vont se succéder et les préparations du conflit se mettre en place.

01 août 2014
Auteur : Patrick Roques

Déclarations de guerre

 

 

  • 28 juillet 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie
  • 1er août 1914 : l'Allemagne déclare la guerre à la Russie
  • 3 août 1914 : l'Allemagne déclare la guerre à la France
  • 3 août 1914 : l'Allemagne déclare la guerre à la Belgique
  • 4 août 1914 : l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne
  • 5 août 1914 : le Monténégro déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie
  • 6 août 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie
  • 6 août 1914 : la Serbie déclare la guerre à l'Allemagne
  • 11 août 1914 : le Monténégro déclare la guerre à l'Allemagne
  • 11 août 1914 : la France déclare la guerre à l'Autiche-Hongrie
  • 13 août 1914 :l'Angleterre déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie
  • 23 août 1914 : le Japon déclare la guerre à l'Allemagne
  • 25 aout 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre au Japon
  • 28 août 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Belgique

 

 

La mobilisation aux frontières

"Les troupes [françaises] de couverture partent pour la frontière suite à l'état de siège proclamé par l'empereur allemand". Cette phrase rapportée dans le quotidien régional La Dépêche, définit la première phase de mobilisation. Conformément au plan XVII établit en 1913 par l'état-major français, l'armée aux frontières est rejointe par celle d'active (les hommes de 21 à 23 ans servant sous les drapeaux) située dans les casernes proches puis, dans un deuxième temps, par les troupes d'active et de réserve (hommes de 24 à 34 ans), enfin par les troupes territoriales (35 à 41 ans) et leurs réserves (42 à 48 ans) ainsi que la logistique. La mobilisation doit être terminée en 17 jours. D'après la Dépêche datée du 22 août, elle le sera le 20 août soit en 19 jours.

Dix lignes ferroviaires sont prévues pour transporter les différents corps d'armée. La ligne E qui concerne les 12e et 17e régions militaires débute à Toulouse, passe par Montauban, Périgueux, Limoges, Auxerre et aboutit autour de Commercy.

La 17e région militaire dont l'état-major est à Toulouse comprend les départements suivants : l'Ariège, la Haute-Garonne, le Gers, le Lot, le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne. Les Hautes-Pyrénées font partie de la 18e région militaire située à Bordeaux et le Tarn et l'Aveyron de la 16e région militaire à Montpellier.

Enfin, le 28 août, "les troupes d'Afrique, composées en majeure partie de tirailleurs indigènes, se sont réunies dans la région de Belfort et forment environ deux corps d'armée. Elles sont à pied d'œuvre, prêtes à prendre part aux opérations formidables qui vont commencer". Le transport de ces troupes s'est bien déroulé malgré les bombardements le 4 août de Philippeville et de Bône (Algérie) par deux croiseurs allemands.

La mobilisation en Midi-Pyrénées

Le samedi 1er août, Raymond Poincaré, président de la République, signe le décret de mobilisation. Le télégramme informant les commandants de corps et les préfets de la mobilisation générale est aussitôt envoyé, le décret sera publié le lendemain au Journal officiel.

Préalablement portées sous pli cacheté dans les casernes, les affiches officielles annonçant la "mobilisation des armées de terre et de mer[...], la réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées" sont placardées dans toutes les communes françaises. Dans les huit départements de la région Midi-Pyrénées, elles le sont le samedi vers 17 h.

À Tarbes, la population apprend la nouvelle "avec sang-froid et les jeunes gens la reçoivent dans la joie". Les observateurs avaient, par ailleurs, remarqué depuis un mois une plus grande activité à l'arsenal et des embauches plus nombreuses. Même les retraités avaient été rappelés.

À Villefranche-de-Rouergue, à 17h30 le tocsin sonne à toutes les églises et tambours et clairons parcourent la ville comme à Foix, Montauban, Albi, Auch et Lectoure... Des automobiles et motocyclettes sont aussitôt réquisitionnées et envoyées dans tous les villages porter les affiches annonçant la mobilisation des armées de terre et de mer. L'Aéronautique Militaire naissante, comprise alors dans l'armée de terre, deviendra une arme à part entière en 1934.

Les conversations vont bon train et une grande animation règne dans les villes. Succèdent en soirée les manifestations, défilés et chants patriotiques sous la lumière des lampions. Souvent, les cris "À Berlin, À Berlin" fusent et la population est "calme et courageuse".

À Gaillac, les craintes se font jour : "toutes les horreurs vont naître et devant la boucherie terrifiante qui se prépare nous n'avons qu'un cri à pousser : Sursum corda. Puisse la destinée être favorable à nos armes".

 

La municipalité de Montauban, rappelle les dispositions générales. Il faut emporter quelques vivres, se faire couper les cheveux et prévoir du linge de corps et une deuxième paire de chaussures. Ces conseils sont suivis car la fabrique de chaussures Moussard située boulevard de Strasbourg à Toulouse informe qu'elle a vendu sur les 10 premiers jours d'août "plus de 5 000 chaussures type réglementaire".

Le premier jour de mobilisation est le dimanche 2 août 1914 et le lundi matin à 6h, à Gaillac, un millier d'hommes mobilisés se retrouvent dans la cour de la gare accompagnés de leurs femmes et enfants et de parents. Ils attendent les trains militaires, les seuls à circuler, pour rejoindre leur garnison. Le sous-préfet passe dans les rangs, remerciant chacun des braves.

Les autorités louent la retenue et le patriotisme des foules même si celles de Montauban rappellent les peines encourues par les insoumis et les déserteurs, au demeurant peu nombreux. Ils sont fortement incités à régulariser leur situation grâce à une loi d'amnistie prise les premiers jours du mois d'août.

Dans les faits, des incidents éclatent. À Toulouse, le préfet demande à la population de conserver tout son calme et son sang-froid. Des Français soupçonnés par la population d'être de nationalité allemande ont été malmenés et fortement molestés.

Le maire de cette ville prend la décision de fermer les cafés et débits de boissons de 23 h à 6h.

Dans la Dépêche datée du 14 août, monsieur Lamblin, "propriétaire du grand Bazar et des Galeries de l'Alimentation à Moissac et des Galeries Parisiennes à Castelsarrasin informe sa clientèle qu'il est Français, a fait son service militaire au 82e R. I. et a été versé au 132e RI de la réserve de l'armée territoriale à Montauban et que tous les bruits qui ont couru contre lui sont inexacts". D'autres déclarations individuelles paraitront au cours de ce mois.

Les nouvelles mesures

Le 2 août, le gouvernement décrète l'état de siège et l'armée prend aussitôt la gestion des chemins de fer sous son contrôle. La navigation aérienne est interdite en France, Algérie, Tunisie et colonies, sauf pour les aéronefs de l'État ainsi que la navigation fluviale.

Le même jour, un deuxième décret interdit l'exportation de vivres et de provisions, de matériels divers et d'armes de guerre.

Les premières mesures restreignent les libertés et augmentent la surveillance.

Tous les pouvoirs de police et de maintien de l'ordre passent entre les mains de l'armée, efficacement secondée par les maires et préfets. Elle peut perquisitionner de jour comme de nuit, éloigner les repris de justice et individus n'ayant pas leur domicile dans les lieux soumis à l'état de siège, ordonner la remise des armes et munitions, interdire toutes publications, attroupements, manifestations et réunions.

Les télégrammes subissent la censure et le 8 août, le ministère du Commerce, de l'Industrie des Postes et des Télégraphes interdit la possession et l'utilisation de postes TSF (postes émetteurs et récepteur d'ondes radio, le langage Morse étant universel). Les propriétaires doivent les rapporter dans le bureau de poste le plus proche.

À Paris, la tour Eiffel équipée d'antennes TSF, passe sous la protection des militaires et plusieurs messages ennemis importants seront interceptés au cours de la Grande Guerre.

Les tribunaux militaires peuvent être saisis dans tous les domaines, les recours seront supprimés le 20 août.

L'ouverture de la chasse était annoncée à la fin de juillet, pour le 15 août suivant. Le 6 août, elle est reportée à une date ultérieure par décision des ministres de l'Agriculture et de la Guerre.

Les réquisitions :

L'ordre de mobilisation portant également sur la "réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément [des] armées", la réquisition des animaux débute rapidement en France et le 4 août à Villefranche-de-Rouergue par les propriétaires dont les noms commencent par A et B

Devant, probablement, certains excès, il est précisé le 20 aout, que les réquisitions portant sur les bêtes doivent épargner les animaux reproducteurs primés, les animaux jeunes et ceux inscrits sur les livres généalogiques ainsi que les vaches pleines.

Les véhicules automobiles sont également réquisitionnés ainsi que certains autobus. À Toulouse, les sièges sont enlevés dans plusieurs autobus, des crochets sont mis au plafond : ils seront utilisés au transport de viande ou de munitions.

Les réquisitions portent sur les céréales, problème traité dans l'approvisionnement.

Surveillance :

La surveillance s'exerce en premier lieu sur la population. Le secret de la correspondance n'existe plus, les lettres sont le plus souvent lues par les services de la censure postale.

Les dénonciations sont également nombreuses. À la fin du mois d'août, le général commandant la 17e région militaire avise les nombreux auteurs de lettres de dénonciations, anonymes, qu'ils perdent leur temps. Aucune lettre signée ou sans l'adresse du signataire ne sera lue. "Toute personne voulant porter à la connaissance de l'autorité militaire un fait lui paraissant de nature à intéresser la défense nationale n'a qu'à se présenter au Quartier Général, de 11 heures à midi".

Les espions sont recherchés, parfois trouvés et souvent les erreurs sont commises. Les étrangers doivent se faire recenser et des mesures spéciales leur sont appliquées.

Créées par la loi du 7 janvier 1914, les gardes civils participent à la surveillance du territoire. Dans le département du Gers, "les corps spéciaux de garde civique sont dès à présent organisés pour suppléer les forces de section et de police et assurer le maintien de l'ordre sur tout le territoire du département. Les gardes civils portent un brassard vert olive [conformément à la loi] sur lequel est inscrit le mot Gers. Leur surveillance s'exerce principalement sur les établissements nécessaires à la vie locale, sur les voies ferrées non gardées militairement et sur les individus suspects".

Le 7 août, le maire de Gaillac remercie les volontaires qui, "au premier appel, […] se sont offerts pour assurer la surveillance des voies ferrées. Dans le tronçon qui traverse la commune, nulle surprise d'un ennemi perfide n'est désormais à craindre".

Les autorités militaires contrôlent aussi sévèrement la circulation sur les routes. Il faut un sauf-conduit pour voyager, délivré par le commissaire de police ou le maire, sauf-conduit indispensable sur le territoire départemental pour tout automobiliste. Le 8 août, la circulation est interdite de 18h à 6h.

L'approvisionnement en eau des populations est également sous surveillance et la ville de Toulouse prend la décision d'assurer cette tâche sur son territoire.

Economiquement, dès 2 août, les Caisses d'épargne limitent les remboursements à 50 francs par quinzaine. Puis, "l'excès de précaution du public s'obstinant à garder à tout prix ses pièces d'argent et d'or", les petites coupures en billets de banque de vingt et cinq francs sont émises plus tôt que prévu, c'est-à-dire le 2 août.

Le 20 août, le ministre du Commerce ajourne le paiement des loyers arrivant à échéance en août et septembre, lorsque ceux-ci sont inférieurs à 1 000 francs à Paris, 600 francs dans les villes de 100 000 habitants ou plus, 300 francs dans les communes de 15 000 habitants ou plus, 100 francs dans les autres.

Ce même jour, dernier jour de la période de mobilisation et des premières mesures d'organisation, les autorités essaient de relancer l'activité économique dans une certaine mesure. Les travaux du Transpyrénéen reprennent ainsi que la construction d'habitations à bon marché.

Les transports par voie fluviale sont rétablis le 26 août.

Approvisionnement de la population

 

Dès le 2 août 1914, le ministère de l'Agriculture fait procéder dans tous les départements à des enquêtes portant sur les stocks existant en blé et farine, sur l'importance probable des récoltes de blé et avoine, sur l'état d'avancement de la moisson et sur la "capacité de mouture en travaillant jour et nuit des moulins existant dans chaque département". Les résultats doivent être réunis rapidement.

La situation de quelques communes ariégeoises est la suivante :

 

 

  • À Bélesta, le maire informe son conseil de la demande préfectorale. Il répond à l'enquête jointe à la circulaire, que la "population se suffit pour tous les travaux agricoles comme bras et outillages", que la "production de céréales assurera l'alimentation de la commune pendant quatre mois environ" et "que les boulangers se sont assurés des quantités de farine suffisantes pour la durée de la guerre". Notons que pour le maire, le conflit doit être rapide – quatre mois espère-t-il – partageant l'avis du rédacteur militaire anglais du "Times". Dans un article daté du 10 août, il prévoit une "guerre courte mais extrêmement violente". L'ambassadeur de Russie en France écrit dans la presse la même chose.
  • En revanche, le maire de Lézat-sur-Lèze s'interroge sur la durée du conflit. Il informe le bureau de bienfaisance qu'il va devoir faire de gros efforts pour venir en aide aux malheureux, "peut-être pendant longtemps".
  • À Labatut, commune de 125 habitants, le conseil s'est réuni d'urgence le 15 août sur ordre du préfet. Il fait état, après mobilisation, de 73 travailleurs dans la commune, qu'il n'y a pas lieu d'intervenir ni pour les machines agricoles, qu'il n'existe pas dans la commune de machine à battre et qu'il n'y a pas besoin de main-d'œuvre étrangère. La récolte de blé est évaluée à mille hectolitres (500 hl pour les habitants jusqu'à la récolte de 1915, 250 hl pour les semences donc il reste 250 hl). Il n'y a ni moulin ni boulanger.
  • Le maire de Lissac déclare des rendements médiocres en blé, de l'ordre de 700 à 800 hl seulement – la grêle ayant sévit deux fois en 1914 - et l'absence de moulin et de boulanger. Il n'est pas préoccupé par le chômage car il manque de bras pour tous travaux.
  • Enfin la commune de Teilhet a terminé les moissons au 16 août et la récolte insuffisante permettra de tenir seulement huit mois. Il manquerait 200 hl.
  • Émotionnellement fort, ce début d'août voit la population faire des provisions. Le maire de Gaillac absent – probablement mobilisé -, son adjoint, monsieur Puech, observe qu'"un instant affolée, une partie de la population a pu augmenter sa provision en denrées, dans une mesure supérieure à ses besoins". Aussi, vu le prix du blé-froment fixé à 23 francs, il arrête le 8 août le prix du kilo de pain blanc à 0,38 francs, de pain bis à 0,32 francs.

 

Des incidents sont également constatés dans certaines villes suite à des hausses de prix de denrées de la part de commerçants tentant de tirer profit de la situation actuelle

Les autorités militaires ayant compétence sur l'approvisionnement, les généraux ont qualité pour accorder dès le 8 août, des sursis d'appel aux réservistes indispensables aux fonctionnements de moulins et à certains travaux agricoles. 20 000 marins trop âgés pour le combat seront répartis pour les moissons.

Ce même jour sont mis en place des plans départementaux d'approvisionnement et un décret est pris, instituant une commission départementale chargée d'examiner les différentes questions concernant le ravitaillement des populations civiles et la main-d'œuvre rurale et urbaine. Les préfets nomment les membres de cette commission composée d'un représentant de l'armée, d'un représentant des sociétés agricoles et deux représentants d'élus.

Afin d'assurer le ravitaillement essentiel à l'effort de guerre sur une longue période, le 12 août, les autorités anglaises et françaises achètent du blé et des céréales en Argentine et aux Etats-Unis pour 30 millions de francs.

 

Le 17 août l'armée informe du prix des réquisitions militaires pour 100 kg : le blé est acheté 28 francs, la farine 40 francs et l'avoine 25 francs. À la fin du mois, devant les excès et spéculations, la commission de ravitaillement rappelle à certains meuniers et négociants qui payent les blés et avoines au-dessus du prix fixé par la commission départementale (26 francs le blé, 21 francs l'avoine de printemps, 22 francs l'avoine d'hiver, prix au 30 août 1914) qu'ils s'exposent à se faire réquisitionner ces denrées à un prix inférieur.

L'activité politique

Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le même jour, Armand Gautier, ministre de la marine démissionne pour raisons de santé. Il est aussitôt remplacé par Jean-Victor Augagneur, Albert Sarrault devient ministre de l'Instruction publique et Gaston Doumergue, qui terminera sa vie dans sa propriété de Tournefeuille (Haute-Garonne), est ministre des Affaires étrangères. Abel Ferry et Paul Jacquier sous-secrétaires d'État présentent leurs démissions pour rejoindre leurs postes de mobilisation. Leurs démissions sont refusées et ils rejoindront leurs postes à Verdun pour le premier, Annecy pour le deuxième. À l'image de la population masculine, le nombre d'élus parlementaires et élus locaux mobilisés est important.

Comme en temps de guerre, les élections sont suspendues, celle législative de la première circonscription de Villefranche-de-Rouergue qui devait avoir lieu au milieu du mois d'août est reportée.

Enfin, le 29 août 1914, la démission du cabinet Viviani permet de faire entrer au gouvernement les socialistes. Ayant voté les crédits nécessaires à la guerre, Marcel Sembat devient ministre des Travaux publics, Jules Guesdes ministre sans portefeuille et Théophile Delcassé ministre des Affaires étrangères. Ce nouveau gouvernement est le reflet de l'union et de l'unité nationale.

Le général Gallieni est nommé commandant de l'armée de Paris et gouverneur militaire.

Les journaux

Dès le 2 août, les journaux doivent faire face à la défection de leurs lecteurs mobilisés, à celle du manque de personnel, à des problèmes de transport dans la vente et au manque de papier. Les quotidiens régionaux, La Dépêche et L'Express du Midi, qui tirent sur quatre pages, paraissent souvent à partir du 6 août, sur deux pages seulement. La partie publicitaire s'effondre et les journaux se "borneront à reproduire les télégrammes officiels".

La loi de 1848 sur l'état de siège donne à l'autorité militaire le pouvoir d'interdire complétement les publications qu'elle "juge de nature à exciter ou entretenir le désordre". Celle récente du 4 août 1914, interdit, sous peine d'emprisonnement de un à cinq ans, la publication de "tous renseignements autres que ceux communiqués par le gouvernement sur la mobilisation et les mouvements de l'armée ainsi que toute information concernant les opérations militaires ou diplomatiques de nature à favoriser l'ennemi et à exercer une influence fâcheuse sur l'esprit de l'armée et des populations". Par crainte de disparaître, les journaux français s'autocensurent et ce, d'autant plus que l'un d'eux est rendu responsable de la défaite de 1870. "Le Temps" est accusé en août 1870 d'avoir publié la décision du maréchal Mac-Mahon de secourir le général Bazaine en difficultés. Cette information lue alors par les Prussiens leur aurait permis de battre ensuite les Français.

Appliquant fidèlement ces lois, les journaux français ne rendent pas compte des défaites cuisantes, ni des sévères retraites, ni des importantes pertes subies par les armées françaises ou leurs alliés. Ils informent plutôt en ce début d'août de la mort de monsieur Samain, président du Souvenir français alsacien fusillé par les Allemands. Ils dénoncent la barbarie des adversaires et la vilénie et la félonie des troupes allemandes et de "l'empereur des fourbes". Le 22 août 1914 est pourtant la journée la plus meurtrière de la Grande Guerre. Le lendemain, les journaux régionaux titrent "une nouvelle victoire russe", "la grande bataille est engagée", "les premiers combats nous seraient favorables", "trois batailles au sud de la Belgique"…

Il est vrai que "l'affaire du 21 août" va soulever, les jours suivants, une grande émotion au sud de la France. Le 24 août paraît dans les colonnes du quotidien national "Le Matin", un article écrit par le sénateur de la Seine, Gervais. Il présente la cause de "l'insuccès que nos armées viennent de subir en Lorraine". "Une division du 15e corps, composée des contingents d'Antibes, de Toulon, de Marseille et d'Aix, a lâché pied devant l'ennemi". Dans son livre "La légende noire des soldats du Midi", l'historien Jean-Yves Le Naour analyse cet évènement et montre que l'état-major et le gouvernement cherchent alors des boucs émissaires aux défaites subies par la France. Les Méridionaux présentés comme hâbleurs, farceurs, résistants à toute autorité (Guerre des demoiselles dans les Pyrénées au cours du XIXe siècle, lutte des vignerons de 1907…), paient les errements du haut commandement. Les soldats du Midi subiront les brimades et les vexations et cet évènement cruel et offensant restera dans leurs mémoires.

Enfin, la presse rend compte des déclarations de soldats blessés interrogés à leur arrivée à Toulouse. Ils répondent que "Les Allemands nous tuent relativement peu de monde. Ils tirent trop bas. Ils frappent nos jambes quand nous sommes debout et nos bras quand nous sommes dans les tranchées" …

Le 31 août, l'armée appelle la classe 1914, rappelle les hommes de la réserve d'active et ceux des classes les plus anciennes. La publication de cette information témoigne des pertes subies.

L'activité régionale

L'activité régionale est essentiellement tournée vers le conflit.

Les distributions de prix de fin d'année scolaire sont supprimées ainsi que les festivités : la presse régionale annule sa corrida, le concours de pêche de Montauban subit le même sort ainsi que le concours de chiens à Caussade. La foire de Gaillac du 11 août, habituellement très fréquentée, reçoit si peu de visiteurs et d'exposants qu'il est impossible d'établir une mercuriale c'est-à-dire une liste de cours officiels du marché. Le 16 août le concours de chevaux en Ariège est ajourné.

Dans l'ensemble, les municipalités assistent les plus démunis et les familles de mobilisés par la distribution de soupes.

À Toulouse, les "Fourneaux économiques" distribuent un repas du matin, vers 11 h, "aux nécessiteux et aux familles de de mobilisés" inscrits aux commissariats et possédant la carte d'inscription et à Mirepoix, une cantine est créée pour les familles nécessiteuses des mobilisés.

La municipalité d'Argelès-Gazost réinstalle les soupes populaires pour les plus démunis dont les pères sont momentanément sous les drapeaux et des garderies avec soupes pour les enfants de mobilisés.
De nombreuses communes font de même.

Le 29 août, dans le Tarn, des communes ouvrent les écoles publiques organisent des garderies-classes pour les filles et garçons de mobilisés "afin d'atténuer l'absence des mobilisés" et de soulager les mères éloignées du foyer en raison de leur travail.

Les secours :

 

Les allocations

Au cours de la guerre, il faut pallier au manque de revenus pour les familles de mobilisés. Aussi, l'État prend en charge cette aide en distribuant des allocations.

Le 2 août, les allocations de soutiens de familles nombreuses sont de 1,25 francs par jour majorées de 0,50 francs par enfant de moins de 16 ans et des commissions cantonales sont nommées par le préfet. Elles ont pour mission d'établir les listes des familles qui peuvent percevoir cette aide et d'organiser les distributions.

Des souscriptions publiques, volontaires sont ouvertes comme à Rodez pour venir en aide aux familles de mobilisés.

Par ailleurs, la création de cartes postales militaires exemptées de taxes d'affranchissement gratuites aux militaires, mises en vente à un prix modique aux familles, permet de faciliter les relations entre les mobilisés et leurs familles et, probablement, d'aider la censure postale dans son travail. Elles ne devront contenir aucune information relative à la marche des armées.

Les blessés

Le territoire régional, comme en France, se couvre d'hôpitaux temporaires, auxiliaires et complémentaires. Ils vont recevoir les innombrables blessés arrivant du front dispatchés sur le territoire national. Ces hôpitaux sont financés par des dons en argent ou nature et par la création d'un timbre-poste spécial de 1,15 francs. 0,05 francs vont au service de santé militaire français et aux œuvres de la Croix-Rouge, association qui gère et organise les secours.

400 couvertures de laine pour les blessés répartis dans le département du Tarn sont réquisitionnées. Elles seront rendues "à la fin de la douloureuse période que nous traversons" et la liste des donateurs sera bien entendu publiée.

Le 26 août, l'Express du Midi annonce l'arrivée du premier blessé militaire à Toulouse : "Le premier militaire toulousain blessé au feu est arrivé à 9 heures hier soir, en gare Matabiau. C'est l'adjudant X..., du 83e d'infanterie, qui habite avec sa mère, avenue Camille Pujol". Les jours suivants, la région recevra de nombreux blessés.
À Albi, des cours d'infirmiers sont dispensés par la directrice de la maternité.

Les réfugiés

Le 29 aout, le premier convoi de réfugiés est arrivé en gare à 10h. Six cent personnes de nationalité allemande ou austro-hongroise "qui n'ont pu ou pas voulu retourner dans leur pays sont logées au collège de Graves et à l'ancien orphelinat de Treize-Pierres".

Les prisonniers :

Le 30 août, le général Bailloud commandant la 17e région rappelle aux Toulousains de rester calmes et dignes. Un convoi de 532 prisonniers allemands arrive le lendemain à Toulouse. Les militaires seront nourris, les blessés recevront des soins.

Les prisonniers, étrangers évacués et individus expulsés des places fortes formant « les bouches inutiles » sont pris en charge par l'armée qui pourvoit par voie de réquisition à leur logement, à leur nourriture, au chauffage et aux soins pour ceux nécessiteux.

La mort du pape Pie X

Le 20 août 1914 meurt à Rome le pape Pie X à 1h35. Il a 79 ans. Le conclave s'ouvrira le 31 août et 65 cardinaux vont se réunir pour élire un nouveau pape.

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