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Juillet 1914

Les vacances scolaires débutent le 3 juillet. Pour une minorité, elles seront studieuses car les cahiers de devoirs de vacances sont déjà édités et proposés aux élèves, du cours préparatoire au cours supérieur à des prix allant de 0,50 francs à 0,75 francs.

10 juillet 2014
Auteur : Patrick Roques

L’enseignement militaire pour tous

C’est la période des fêtes de fin d’année scolaire. Celle des écoles d’Albi comporte dans son programme des exercices de gymnastique, des danses, des défilés d’enfants, des bals en présence d’un nombreux public, des autorités préfectorales, municipales, militaires et universitaires.

Juillet est également le mois des examens universitaires. Les noms des bacheliers et de ceux ayant acquis un titre universitaire apparaissent dans les journaux et leurs titulaires sont chaleureusement félicités.

Les concours de tirs remportent un franc succès en ce mois dans les huit départements de la région. Formation dispensée dès l’école primaire – des fusils en bois servent, pour les plus petits, aux exercices de maniement d’armes – depuis 1880, dix ans après la fin de la guerre de 1870, ces concours témoignent de l’esprit de revanche mais aussi rappellent l’instruction militaire minimale nécessaire donnée à tout citoyen pour la défense nationale. À Toulouse, les compétitions de tirs à la carabine (tirs à 10 et 13 m), au fusil Gras et au célèbre fusil Lebel (tirs à 200 m) utilisés au cours de la Grande Guerre, se succèdent. Dans l’Aveyron, le concours départemental des "Sociétés de tir et de préparation militaire" est présidé par le préfet, monsieur Allain. À la même époque, dans le Tarn, un brevet militaire cycliste est proposé : le tir commence à 8h30 et le départ de la course cycliste est donné à 15h30.

Pendant ce temps, l’Autriche-Hongrie fait peser sur la Serbie la responsabilité de l’attentat de l’archiduc et de sa femme et au Maroc, 17 soldats français meurent et 77 sont blessés dans les combats de la campagne, dite "pacification", du Maroc.

L’attaché militaire allemand

Le 5 juillet 1914 un attaché militaire allemand, le lieutenant-colonel von Winterfeld reçoit l’autorisation de regagner avec sa femme la ville de Toulouse puis son pays.

Il était soigné en France depuis septembre 1913. À cette époque, de "grandes manœuvres" - de fait une démonstration de force - se déroulaient alors dans le Sud-Ouest en présence du président de la République, Raymond Poincaré et de nombreux invités notamment étrangers. Une automobile vient de verser dans le fossé et le lieutenant-colonel von Winterfeld est grièvement blessé. Dans son mémoire de thèse, Cécile Lestrade (Toulouse, 1998) relate l’intervention du docteur en médecine Paul Voivenel. Participant aux manœuvres, il est aussitôt dépêché sur les lieux de l’accident et effectue les premiers soins. Il prend la décision, devant la gravité des blessures, de faire transporter le blessé à Grisolles où, avec un confrère, il l’opère et le soigne. L’affaire prend de l’ampleur car l’officier allemand est chargé d’un rapport sur les forces françaises.

Nommé après son départ de France chef de division au grand état-major allemand, von Winterfeld est promu plus tard général et sera de ceux qui signeront l’armistice à Rotonde le 11 novembre 1918. Paul Voivenel, demeurant Capoulet-et-Junac dans l’Ariège, est décoré de la Légion d’honneur et reçoit la cravate de Commandeur de l’ordre de Prusse. Il s’illustrera ensuite par ses travaux sur les nombreux troubles du comportement qu’il a pu observer et étudier au cours de la Grande Guerre.

L’état de notre armée nationale

Du point de vue militaire, le nouvel uniforme des soldats français qui "serait de couleur grise" est mis à l’étude au cours de ce mois de juillet. Il doit être adopté par la commission sénatoriale de l’armée et ensuite le dossier doit suivre la longue voie administrative.

Le 8 juillet 1914, le sous-marin français "le Calypso" sombre au large de Toulon lors d’exercices, sabordé accidentellement par un autre sous-marin français "le Circé".

Au milieu du mois, le 15 juillet, la publication d’un rapport sur l’état de l’armée française comparée à l’armée allemande fait beaucoup de bruit. La supériorité du canon de 75 est qualifiée de "éphémère" depuis les progrès de l’artillerie allemande. De plus, le manque d’artillerie lourde française est flagrant. Un corps d’armée français compte seulement 120 pièces de 75. Un corps d’armée allemand comprend 108 pièces de 77, 36 obusiers de 105 et 16 obusiers lourds de 150 tirant des projectiles de 40 kg à 8 km. Enfin, l’armée allemande dispose de canons longs de 100, de 138 d’une portée de 14 km, de mortiers de 210…

Ce rapport dénonce également l’infériorité française dans la "guerre des places". Le matériel français ne permettrait pas d’assiéger des places allemandes ou de défendre celles françaises. Quant à l’équipement, les troupes manquent de cuisines roulantes, l’allègement de la charge du fantassin est toujours à l’étude et les soldats n’ont pas de tentes-abris. Pour l’habillement, le fantassin français n’a qu’une paire de chaussures alors que celui allemand en a trois. Le rapporteur de la commission de l’armée au Sénat, Charles Humbert, met en cause l’état-major et les décisions qu’il peine à prendre. Le ministre de la Guerre, monsieur Messimy, rappelle les gros efforts faits par la nation depuis 1911 et les débats aboutissent à la décision prise par le Sénat de donner "mandat à sa commission de l’armée de lui apporter, à la rentrée des Chambres [en septembre 1914 !], un rapport sur la situation du matériel de guerre".

Suite à ce débat, le 17 juillet suivant, le ministre de la guerre autorise les jeunes soldats nouvellement incorporés à se munir d’une ou deux paires de chaussures neuves ou en très bon état dont la valeur de 17,50 francs pour les troupes à pied ou 17,00 francs pour les troupes à cheval leur sera remboursée immédiatement.

Enfin, comme chaque année, le tirage au sort de la lettre qui sera à l’origine de l’ordre alphabétique à suivre pour l’incorporation du contingent a lieu au ministère de la Guerre. En juillet 1914, la lettre sortie de l’urne est la lettre D.

À cette époque, lorsqu’un régiment passait une nuit en ville, lors de manœuvres, le colonel demandait aux boulangers, bouchers et marchands de légumes locaux de ravitailler la troupe. Les habitants dont les logements étaient réquisitionnés devaient retirer le billet de logement délivré en leur nom. Ceux qui refusaient étaient alors prévenus de l’application stricte de la loi du 3 juillet 1877. Pour les éventuels dégâts, les logeurs avaient trois heures pour les déclarer à partir du départ de la troupe.

La fête de la prise de la Bastille

Le 14 juillet, fêté depuis la loi du 8 juin 1880, commémore le jour de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 et le jour de la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. À Villefranche-de-Rouergue, la fête du 14 juillet débute la veille par la sonnerie des cloches à 20h30 suivie du bal populaire sur la place Nationale. Le lendemain, une distribution de bons de pains est faite aux plus indigents dans la cour des écoles, de gâteaux, vin et tabac aux personnes hospitalisées. À 15 heures, représentation populaire gratuite au Cinéma, à 17h30, mât de cocagne avec prix, à 18h, course aux canards et à 20h, illumination des édifices communaux suivie d’un grand feu d’artifice et du grand bal. Les personnes sont alors informées que seuls les enfants accompagnés seront admis au cinéma, et qu’il est défendu de fumer ou de faire du bruit pendant la représentation gratuite. Le programme est varié avec un film scientifique, des pièces de théâtre, des acrobaties, des "vues documentaires", les "Tribulations d’un reporter cinématographique" spectacle comique, et les "actualités".

Le nouvel impôt, l’Impôt Général sur le revenu

Le 15 juillet 1914, un nouvel impôt est voté, "L’impôt Général sur le revenu". Les débats, longs et houleux, ont abordé les "taxations d’office", le "contrôle après décès", le problème de "l’évasion fiscale". Quelques députés ont proposé que ce nouvel impôt remplace celui portant sur les portes et fenêtres (supprimé en 1926, il taxait les ouvertures selon leur nombre et leur taille) ou l’impôt sur les immeubles. En vain. L’impôt sur le revenu allait aider au financement de la Grande Guerre.

Le Tour de France cycliste en Midi-Pyrénées

Le Tour de France traverse, en deux étapes, la région. Parti de Bayonne le 8 juillet à 3h, le premier coureur, Firmin Lambot, arrive à Bagnères-de-Luchon à 17h39 après avoir parcouru 326 km en 14h39. Il est précisé que les "quatre premiers montent des bicyclettes Peugeot à pneus Volber". Le 10 juillet, après une journée de repos bien mérité, les 53 coureurs du Tour partent de Bagnères-de-Luchon à 3h pour rejoindre Perpignan à 323 km de distance. Jean Alavoine est vainqueur de l’étape. Philippe Thys gagnera le 12e tour de France cycliste le 26 juillet suivant.

La treizième édition partira après-guerre, le 29 juin 1919.

Le procès de madame Caillaux

Le mois de juillet est celui du passionnant procès d’Henriette Caillaux. Épouse de Joseph Caillaux alors ministre des finances du gouvernement Doumergue, elle a assassiné le 16 mars 1914, le journaliste Gaston Calmette directeur du quotidien national, Le Figaro. Ce journal mène campagne dans ses colonnes, depuis quelques temps, contre Joseph Caillaux accusé de malversations, puis de détournements, d’interventions en faveur de connaissances… Il publie même des lettres personnelles. Les attaques portées en pleine campagne électorale, visent à décrédibiliser Joseph Caillaux. La présentation des faits, de l’enquête, de l’acte d’accusation, des jurés font l’objet de nombreuses publications dans la presse les semaines précédant l’ouverture du procès, le 20 juillet 1914. Huit jours après, Henriette Caillaux dont le crime est reconnu passionnel est acquittée.

Nos campagnes

Les inévitables services des statistiques indiquent l’état, en nombre, du cheptel français au 31 décembre 1913 : 3 200 700 chevaux, 192 570 mulets, 360 390 ânes, 14 807 380 bovins, 16 213 030 ovins, 7 047 750 porcs et 1 453 230 boucs et chèvres. Ces recensements sont réalisés chaque année. Par exemple, les propriétaires des chevaux, juments, mules et mulets susceptibles d’être réquisitionnés par les services de l’armée, sont informés du passage en juillet, de la commission n°14 dans la commune.

Le 9 juillet 1914, le corps des charpentiers, maçons et plâtriers du canton de Caraman (Haute-Garonne), considérant la faiblesse des salaires de la profession (720 francs annuels) et le coût élevé de la vie, décident de porter à partir du 15 juillet, l’heure de travail à 0,40 francs, le temps quotidien étant limité à 10 heures. Quant aux ouvriers agricoles, les hommes gagnent 3 francs par jour, les femmes en gagnent 2. L’agriculture est essentielle à l’économie : chaque semaine paraît une information sur les relevés de pluviométrie, températures, sur les nouveaux matériels, les informations sur les cultures… Malgré les orages et le temps chaud, l’avoine vient d’être récoltée, le travail est harassant et les moissons de blé vont débuter. Sur les marchés, la douzaine d’œufs coûte 0,95 francs, la livre de poulet 1,10 francs, de lapin 0,50 francs et de canard 0,80 francs.

La lutte contre l’alcoolisme

Pour combattre l’alcoolisme, comme ses collègues, le préfet du Gers prend un arrêté indiquant les distances minimales au-dessous desquelles les débits de boisson ne pourront être établis autour des édifices de culte, des cimetières, des hospices, des établissements d’instruction publique, soit 50 m pour les communes de moins de 1 000 habitants, 250 m pour celle de 10 000 à 20 000 habitants.

Le congrès socialiste

Le 15 juillet, les socialistes français tiennent leur congrès national. Les thèmes suivants sont abordés, le chômage, les prisons russes, le rapprochement des socialistes français et allemands, la cherté de la vie, la répression et l’alcoolisme. Le lendemain, la question suivante fait débat : en cas de guerre faudra-t-il faire la grève générale et l’insurrection ? C’est l’épineuse question qui divise encore les socialistes français.

Les voyages

Le mardi 21 juillet, la presse locale fait état d’une collision entre le train n° 510 venant de Bayonne et celui n° 456 venant d’Auch au pont d’Empalot à Toulouse qui a fait six morts et une vingtaine de blessés.

Quelques jours après, le 25 juillet, un voyage d’études en Allemagne est proposé dans la presse locale. Organisé par le Journal d’Allemagne, il doit se dérouler du 30 août au 6 septembre 1914. Il comprend "un séjour à Berlin, Francfort, un trajet pittoresque des bords du Rhin et la visite de Cologne" pour 150 frs en 3e classe, 200 en 2e et 250 en 1ere. La France étant dignement représentée à l’Exposition des Arts graphiques de Leipzig, l’excursion dans cette ville est facultative.

Cette annonce contraste avec les événements internationaux car le même jour, les journaux nationaux s’inquiètent des velléités autrichiennes, l’ultimatum adressé à la Serbie paraissant inacceptable.

L’accélération brusque des événements internationaux

Les évènements s’accélèrent brutalement, l’empire austro-hongrois mobilise son armée puis déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet, un mois jour pour jour après l’attentat de Sarajevo.

Raymond Poincaré, président de la République en voyage en Suède, rentre alors précipitamment en France et par précaution, la classe 1910 libérée en novembre 1913, est rappelée sous les drapeaux. Les chancelleries négocient et de nombreuses mesures préventives sont prises : le congrès des fonctionnaires est annulé, les réunions antimilitaristes sont interdites et les manifestants arrêtés sont condamnés en correctionnelle. Les voies ferrées, lien névralgique entre les lieux de combats et "l’Arrière", passent sous la surveillance de la troupe. Les ouvriers allemands employés en France, notamment ceux travaillant aux Grands moulins de Corbeil (Corbeil-Essonne) sont renvoyés chez eux.

À Bruxelles, les ponts sont minés.

Les forces en présence, la triple entente (France, Angleterre, Russie et Serbie) et la triple alliance – la "triplice" - (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie) mobilisent et "à la veille de l’irréparable", titre de la Dépêche du 31 juillet 1914.

Alors que Belgrade est bombardé par les Autrichiens d’après l’information provenant d’un "télégramme visé par la censure", un espoir en la paix renaît.

En vain !

L’assassinat de Jaurès

Le 31 juillet 1914, à 21h45, Raoul Villain tue de plusieurs coups de révolver Jean Jaurès, tribun socialiste, qui soupait au Café du Croissant rue Montmartre à Paris en compagnie de messieurs Renoult, Renaudel et Andrieu. Jean Jaurès, né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859 est un homme politique français. Agrégé de philosophie, pacifiste et humaniste, il participe à la création de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) en 1905 et en sera l’un des représentants. Après l’assassinat de Jaurès, la question de la grève générale en cas de guerre ne se pose plus. La gauche française et certains socialistes se rallient à "l’Union sacrée" de tous les Français de toutes tendances pour la défense du territoire national.

En 1924, la dépouille de Jean Jaurès est transférée au Panthéon.

Raoul Villain, après cinq années de détention, sera jugé et acquitté en 1919. Il quittera la France.

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