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Novembre 1915

Depuis le début du conflit, les Français participent à l’effort de guerre en versant leur or pour reconstituer les réserves du pays. La succursale de la Banque de France de Villefranche-de-Rouergue annonce par exemple, en novembre 1915, qu’elle a reçu 700 000 F en or des seuls habitants de l’arrondissement. Mais les dépenses militaires de la guerre étant de plus en plus lourdes, l’État lance le 23 novembre, le premier grand emprunt de la défense nationale nommé "Emprunt de la Victoire".

13 marzo 2017
Por: Patrick Roques

Alcoolisme

Luttant contre l’alcoolisme l’État règlemente la vente d’alcool : "hors vins, bières, cidre, poiré, hydromel et liqueurs de moins de 18° ou liqueurs sucrées de moins de 23°". Elle n’est autorisée dans tous débits de boisson qu’à partir de 11h. La réglementation est durcie pour les militaires car, comme d’autres, le colonel commandant la place de Rodez rappelle aux limonadiers que leurs établissements ne peuvent être ouverts aux soldats que de 11h à 13 h et 17 à 22 h en semaine, les dimanches et jours fériés de 11h à 22h.

La vente d’alcool est interdite aux moins de 18 ans et aux femmes. S’appuyant sur une circulaire ministérielle qui prescrit de supprimer l’allocation aux femmes des mobilisés se livrant à la débauche ou s’adonnant à la boisson, le préfet de l’Aude applique ce texte à trois femmes de Limoux le 3 novembre, décision saluée par la population.

Agriculture

Les récoltes étant plus mauvaises qu’en 1914, les maires informent les agriculteurs que les déclarations de perte doivent être établies auprès du contrôleur des contributions directes. C’est ce que ne manquent pas de faire les viticulteurs de Condom dans le Gers : leur production est passée de 29 123 hl en 1914 à 8 499 hl cette année. Ces comptes sont tirés des déclarations que doit faire la profession avant la fin du mois. L’administration souhaite avoir une vision plus juste des ressources disponibles.

C’est également le cas avec les éleveurs qui doivent eux aussi rendre des comptes : à la demande du préfet ils doivent déclarer les animaux engraissés dont un grand nombre sera ensuite réquisitionné.

Culture

Le célèbre comédien et chanteur d’opérettes français, Albert Brasseur, est, avec Jean Coquelin, Juliette Darcourt et sa troupe de théâtre, en tournée dans le sud de la France. Il est en représentation le 30 novembre à Castres, à Montauban auparavant, à Béziers ensuite pour interpréter la pièce de Paul Gavault, "ma tante d’Honfleur". Cette pièce a été mise en scène et jouée en 1914 au théâtre parisien des Variétés.

Économie

Afin d’enrayer la pénurie de la monnaie de billon, les nouvelles pièces rondes, de cinq sous, en nickel, sont mises en circulation le 5 novembre. Elles ont la particularité d’être trouées au centre pour éviter de les confondre avec d’autres. Malgré cela, les habitants se plaignent toujours du manque de petite monnaie. Aussi, l’Hôtel de la Monnaie de Paris informe-t-il le 17 novembre qu’il a chargé l’Hôtel des Monnaies de Madrid de fabriquer 30 millions de rondelles de cuivre destinées à être frappées en France (10 millions de pièces de dix centimes et 20 millions de pièces de cinq centimes).

Quant au nouvel emprunt, lancé par décret le 23 novembre, il sera clôturé le 15 décembre suivant. Au taux de 5%, il ne pourra être convertible pendant 15 ans mais il sera exempté d’impôts. Chaque commune française reçoit au moins deux affiches dont l’auteur est Francisque Poulbot. Elles sont destinées à inciter les personnes à souscrire et les comités locaux comme "le comité de l’Or et de l’emprunt national" de Gaillac et L’Église de France participent à sa diffusion. Les bureaux de recettes des finances annoncent, comme les perceptions, qu’ils seront ouverts tous les dimanches pendant la période de souscription. Les recettes postales décident d’ouvrir tous les jours. L’emprunt de la Victoire rapportera plus de de 15 milliards de F.

Œuvres

En prévision d’un hiver rude, les associations reçoivent des paires de chaussettes, des caleçons en laine, des tricots, des chemises en flanelle, des mouchoirs, des chandails, les habituelles cagoules et les bonnets et de l’argent qu’elles envoient à nos soldats dans les tranchées et à nos prisonniers. Comme dans de nombreuses communes, Carcassonne active à nouveau son ouvroir, lieu dans lequel les femmes confectionnent des vêtements ou retouchent et réparent les vêtements donnés.

Les œuvres de bienfaisances préparent également les colis de Noël envoyés aux soldats ou aux prisonniers. Afin de les financer, les concerts de charité sont organisés, à Narbonne le 11 novembre ou à Cordes à la fin du mois, ainsi que les quêtes. Gaillac décide que les colis seront individuels et tous remplis de la même manière. Les orphelins de guerre ne sont pas oubliés car leurs colis comprennent en plus des jouets et des offrandes.

Les œuvres en faveur des mutilés sont également actives. En plus de leur mission d’assistance, elles investissent dans le domaine de l’appareillage en soutenant les inventeurs d’appareils et en achetant, comme le comité toulousain le 13 novembre, une dizaine d’appareils perfectionnés. Mais comme tous les comités, celui des soldats aveugles déplore qu’en ces temps difficiles, les pensions soient bien faibles : un aveugle touche 975 F par an et s’il est "demi-voyant", il n’a que 631 F.

Pour les réfugiés, français ou étrangers, les préfets demandent aux maires d’organiser des quêtes et des souscriptions spécifiques et de reloger les mal-logés dans les édifices publics, les couvents désaffectés, les immeubles réquisitionnés… Ils rappellent que tous les enfants doivent fréquenter régulièrement l’école de la République. Enfin, les chaussures manquant le plus, ils autorisent les maires à acheter des sabots qui seront remboursés par l’État.

Réquisition

Le 11 novembre, le conseil de guerre juge plusieurs manufacturiers de l’Ariège qui n’ont pas répondu aux ordres de réquisition pour la fourniture de draps. Aussi, les autorités rappellent-elles les conditions des réquisitions. Le droit à la réquisition permet à l’État de prélever sur la population civile, toute personne, tout animal et tout produit nécessaire au fonctionnement de la guerre. Ce droit exercé par l’autorité militaire, de façon soit amiable soit forcée, les commissions de réception demandent aux maires les quantités voulues par l’armée. Ces derniers répartissent équitablement sur leurs administrés la quantité imposée, réunissent la réquisition et la transportent au lieu indiqué par la commission de réception. Les prix imposés correspondent à un dédommagement comprenant le prix de revient majoré d’un "bénéfice convenable". Si le prix est refusé, un juge de paix ou le tribunal compétent, le conseil de guerre dans le cas de l’exemple ariégeois, jugent l’affaire.

Ne peuvent pas être réquisitionnées les vivres destinées à l’alimentation d’une famille représentant sa consommation sur 5 jours, les grains ou autres denrées alimentaires qui se trouvent dans un établissement agricole, industriel ou commercial ne dépassant pas la consommation de 8 jours. Depuis la circulaire du 16 octobre 1915 du ministre du Commerce, les blés destinés aux semailles d’automne ou de printemps ne peuvent pas être non plus réquisitionnés pas plus que la quantité nécessaire à l’alimentation d’une famille d’agriculteur jusqu’à la prochaine campagne et les fourrages indispensables à la consommation des bestiaux sur 15 jours. Les récoltes de vin de moins de 10 hl ne sont pas réquisitionnées mais cette mesure n’apaise pas le mécontentement des viticulteurs : ceux de Gaillac se plaignent du prix des réquisitions du vin à 29 F l’hectolitre alors qu’il est payé dans le commerce à 47 F.

Soldats

La loi Dalbiez promulguée le 19 août 1915, du nom du député des Pyrénées-Orientales Victor Dalbiez, est une réponse au problème des "embusqués" car elle assure une meilleure utilisation des hommes mobilisés et mobilisables. Par exemple, le 27 novembre, les militaires du service armé occupant des emplois sédentaires sont remplacés par des auxiliaires, notamment les "engagés spéciaux", exemptés ou réformés. Les auxiliaires obtiennent au cours du mois de novembre, le droit de dormir chez eux et non au dépôt.

Quant aux parents des soldats, ils sont heureux d’apprendre que l‘armée accorde à partir du 16 novembre, sous certaines conditions, des permissions de six jours. Le célèbre aviateur, l’adjudant Jules Védrines, vainqueur en 1911 de la course aérienne en trois étapes Paris-Madrid, peut venir en permission à Limoux auprès de sa famille.

Enfin, les soldats au front demandent aux leurs des limes fines pour tromper l’ennui. "L’art des tranchées" est en plein essor et à partir du laiton et du cuivre provenant de douilles de balles, d’obus…, d’aluminium, de cuir, de bois, de pierre, de nombreux objets sont réalisés.

Vie judiciaire

À chaque mois son scandale : ce mois-ci, il concerne les réformes frauduleuses sur l’ensemble du territoire national. Des "rabatteurs" présentent des personnes à des médecins malhonnêtes qui, contre argent, les déclarent convalescents, ou les réforment ou enfin les versent dans les services auxiliaires. Jusqu’à 15 000 F ont parfois été versés. Deux secrétaires d’état-major sont impliqués.

Localement, l’affaire du Saut-du-Tarn suit son cours et on apprend le 21 novembre que dix personnes sont inculpées et que le tribunal s’est dessaisi en faveur de l’autorité militaire. Les prévenus seront jugés en conseil de guerre du 16e corps d’armée à Montpellier.

Vie municipale

Malgré la surveillance des foires et marchés, les habitants se plaignent de plus en plus de la cherté des denrées de première nécessité. Par exemple, à Castres, ils dénoncent le prix au kg de l’oie grasse qui est passé de 2 F en 1914 à 3,60 F en novembre 1915, le litre de lait de 0,25 F à 0,40 F, la douzaine d’œufs de 1,50 F à 2,30 F ; la "pagelle" de bois qui était à 19 F est à 30 F. Ils demandent à la mairie de réglementer les tarifs de ces produits. Face à l’incurie des autorités, un groupe de consommateurs décide le 8 novembre à Toulouse, de créer un "marché régulateur" en supprimant le plus d’intermédiaires. Le groupe veut vendre sur les trois marchés toulousains directement du producteur au consommateur. Parfois, les municipalités discutent avec les professionnels des prix, par exemple de la viande ou du charbon. La question du charbon est sensible car il faut préparer l’hiver, s’éclairer et se chauffer. Mais les principales mines françaises sont dans le Nord, dans les zones de combat et la demande sur les mines de Carmaux, Albi et Alès est trop forte. De plus, comme le déplore le député de Muret, Vincent Auriol, les wagons qui pourraient transporter le charbon sont réquisitionnés. C’est probablement à cause du manque du charbon que deux fois dans le mois, la capitale régionale est privée d’électricité de 17 h 30 à 20 h, la Société toulousaine d’électricité présentant ses excuses.

Dans cette ville, deux accidents interviennent le même jour. Le 23 novembre, l’explosion d’un baril de poudres à l’usine Lacroix, fabricant de fusées éclairantes pour l’armée, fait quatre morts et deux blessés. Quelques heures après, dans le brouillard dense, deux trains de marchandises entrent en collision au pont d’Empalot proche de la poudrerie et des wagons versent dans la Garonne. L’inquiétude est grande car beaucoup soupçonnent l’œuvre d’espions allemands. Ce sentiment est renforcé par une circulaire du sous-secrétaire d’État à l’aéronautique diffusée par les préfectures aux maires. Des ballons de petite taille "de provenance étrangère", "avec des restes de dispositifs d’appareillage électrique" ayant été trouvés sur le territoire national, les maires ont pour consigne de recueillir en totalité ceux qu’ils trouveraient et de les envoyer rapidement en préfecture.

Le climat d’insécurité est d’autant plus grand que le nombre de vols augmente, les plaintes affluent contre les actes de grivèlerie qui se multiplient et contre les larcins en tous genres. Parce qu’il est interdit de chasser, le braconnage se développe chez nombre de nos concitoyens.

La mémoire

Le 1er novembre, jour de la Toussaint, de nombreuses cérémonies officielles sont organisées aux cimetières devant les tombes des soldats morts et devant les nécropoles, les monuments des mobiles (1870-71) dans les villes qui en possèdent comme à Saint-Gaudens, Mende, Bédarieux, Mirande….

À Carcassonne, le cortège réuni devant la mairie, composé des sociétés de la ville, de la municipalité et des autorités civiles et religieuses locales suivies de la population, se dirige au monument des Audois pour déposer des couronnes. Puis il va au cimetière Saint-Michel où les tombes des soldats morts pour la patrie sont fleuries. Les autorités civiles et religieuses n’ont pas voulu faire de discours.

En mémoire des soldats valeureux, le ministre de la Guerre demande le 11 novembre aux municipalités d’afficher en mairie le texte des citations à l’ordre de l’armée des militaires de la commune. De nombreuses communes publieront rapidement ces documents comme le fait Saint-Girons à partir du 23 novembre.

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