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Septembre 1915

En septembre, les Alliés soupçonnent une entente secrète entre la Bulgarie et les empires centraux. D’après cet accord, si ce pays déclarait la guerre à la Serbie et à l’Entente, il obtiendrait la Macédoine et un débouché sur l’Adriatique. Le 23 septembre, la Bulgarie mobilise son armée.
Sur le front, les offensives de Champagne (2e bataille) et d‘Artois débutent le 25 septembre. Elles se solderont par un échec le 9 octobre suivant.

26 enero 2017
Por: Patrick Roques

Agriculture

En septembre, mois des vendanges, le besoin de main-d’œuvre est important. Aussi, les sociétés de chemin de fer facilitent-elles les transports en accordant des tarifs réduits aux groupes de 5 vendangeurs au minimum qui partent pour la même destination. L’armée quant à elle, étend les permissions agricoles d’automne aux viticulteurs mobilisés, aux maréchaux-ferrants, forgerons et mécaniciens réparateurs de machines agricoles.

Tant que les vendanges ne sont pas terminées, l’autorité municipale interdit d’entrer dans les vignes soit pour prendre des herbes, soit pour le grappillage, c’est-à-dire la possibilité pour chacun de venir prendre les derniers grains de raisin. Par exemple, Béziers limite le grappillage au 23 septembre uniquement, aux seuls indigents et à leur seule consommation. Le maire autorise ensuite par arrêté municipal comme à Narbonne ou Carcassonne, l’entrée des bestiaux dans les vignes. Les viticulteurs s’attendent cette année à une faible récolte.

C’est également le cas pour la production de la pomme de terre dans le Gers. Dans ce département, en prévision des semailles d’automne, le préfet fixe le salaire moyen d’un ouvrier agricole à 2,50 F par jour alors que les permissionnaires sont payés au minimum 2 F par jour. Les prisonniers allemands participent également aux travaux agricoles comme le groupe d’une vingtaine qui passe de fermes en fermes autour de Fleurance (Gers). Souhaitant pallier par la mécanisation le manque de main d’œuvre, l’État intervient en subventionnant les groupements agricoles qui achèteraient des appareils à moteur destinés à la culture mécanique.

La France a produit en 1914, 79 300 millions de quintaux de blé et doit donc en importer 15 782 millions pour faire face à sa consommation. Aussi, pour augmenter la production, le gouvernement incite-il les propriétaires agricoles à travailler la moindre parcelle. Mais il est confronté à la défection de nombreuses familles d’agriculteurs mobilisés. Éprouvant les pires difficultés à exploiter leurs terres, beaucoup veulent abandonner leur exploitation et s’établir en ville où les conditions de vie sont plus faciles. Les préfets demandent aux commissions locales chargées de l’application de la loi du 5 août 1914 qui concerne les allocations militaires, d’aider ces familles à rester. Pour les mêmes raisons, il menace les métayers et fermiers qui comptent partir vers la ville et qui reçoivent ces secours, de les perdre par leur départ.

Enfin, "le bois de noyer étant absolument nécessaire pour la confection des bois de fusils et des hélices d’avions", l’autorité militaire en recherche dans l’urgence chez les professionnels (scieries, menuiseries, saboteries…) et chez les particuliers. Elle souhaite rapidement réquisitionner cet article.

Administration locale

L’état de siège décrété le 2 août 1914 est partiellement levé le 1er septembre car le conseil des ministres restitue alors tous les pouvoirs de police, de maintien de l’ordre et de réglementation de la circulation avec la surveillance des routes, voies navigables et voies ferrées aux préfets et maires, en dehors de la zone des armées. Mais l’armée peut continuer les réquisitions et les visites de jour et de nuit dans les domiciles des citoyens, imposer l’éloignement des repris de justice, l’enlèvement des armes et munitions des personnes et l’interdiction des publications et réunions qu’elle juge de nature à entretenir le désordre.

Dans notre région, les municipalités font face aux nombreux problèmes concernant l’éclairage public comme à Bagnères-de-Bigorre, Narbonne. À Gaillac, le concessionnaire cède l’usine à gaz à la commune pour 93 750 F, achat couvert par un emprunt. Les municipalités anticipent parfois les problèmes à venir. Toujours à Gaillac, en prévision des difficultés d’approvisionnement en charbon, le maire demande de faire des provisions dès ce mois. D’autres élus font appel à l’armée : parce que la canne de bois atteint la somme de 45 à 50 F, Narbonne, Toulouse et d’autres villes demandent aux autorités militaires de réquisitionner le bois qui sera revendu au même prix aux particuliers. Malgré le manque de personnel, chaque ville prépare de son mieux la mauvaise saison et à Foix les fossés sont curés pour assurer l’évacuation des eaux.

Conséquence de la guerre, les municipalités ont également à gérer de nouvelles charges : à Toulouse, une nouvelle cité vient de naître, "l’île des poudres". Elle est située vers le quartier d’Empalot, le viaduc du pont d’Empalot nouvellement construit permet l’accès au vaste terrain clôturé de l’armée. La vieille poudrerie est alors entourée de nombreux bâtiments annexes et "la cité industrielle grouille de monde, est bruyante, des voies ferrées s’entrecroisent, les locomotives soufflent et sifflent, le bruit des marteaux, le hurlement des sirènes a remplacé le calme du ramier dans lequel les promeneurs se délassaient. La cité ne s’endort pas, le soir elle est illuminée et le travail continue".

Les travailleurs portent le brassard "P" des Poudres, des baraques en bois abritent bars, débits de boissons, restaurants… Au "restaurant de la Triple entente, Aux glorieux 75, on sert à la portion" souligne la réclame à l’entrée, au "Café restaurant de la Victoire" ou au "café restaurant de la Marne" le repas est à 1,50 F…. Le peintre Yarz auteur de la toile du grand salon rouge au Capitole ne reconnaîtrait plus l’endroit.

Associations et secours

En vue de la préparation de la campagne d’hiver, preuve qu’on ne se fait plus d’illusions sur la durée de la guerre, les associations lancent un appel et demandent toujours plus de chandails, chaussettes, caleçons, chemises et denrées non périssables à envoyer aux soldats. Comme chaque mois, une nouvelle association voit le jour : la "journée des éprouvés de guerre" est créée le 25 septembre.

Par ailleurs, le Japon envoi un secours de 160 000 F au ministre de l’Intérieur du gouvernement belge. C’est le fruit d’une souscription recueillie auprès des habitants de Tokyo.

Économie

Depuis le début de la Grande Guerre, les dépenses du pays s’élèvent à 30 milliards de F. Pour financer le conflit, les "bons de la défense nationale" sont mis à la disposition du public et La Monnaie accepte l’or des Français échangés contre des billets de la Banque de France. Malgré la fabrication de 100 000 F de sous par jour, la petite monnaie est encore rare dans notre région et elle est rendue à Toulouse en tickets de tramway ou en timbres postes. Comme à Saint-Sulpice-la-Pointe, quelques communes recourent à des jetons localement et à Toulouse encore, la Société des Grands cafés de la ville met en circulation, le 13 septembre, une nouvelle monnaie de billon. Elle a frappé des jetons en laiton, carré à coins arrondis, portant la mention "Guerre – 5 C – 1914-1915-1916" et de l’autre côté "Société des Grands Cafés Grand Café Comédie, Grand Café Américains, Grand Café-Restaurant Lafayette, Toulouse", pièce d’une valeur fiduciaire de 5 cts, qu’elle met en circulation.

La vie est chère car les prix ont augmenté, celui du lait passe à 0,35 F le litre au 25 septembre. Pour éviter les hausses significatives, Narbonne décide qu’il ne sera mis en vente que deux catégories de pain, la boule de 2 kg dont le prix est fixé à 0,90 F et les pains de moins de 1 kg à 0,475 F le kg. En réponse aux plaintes des Toulousains qui jugent excessif le coût des légumes frais sur les marchés, la mairie décide de publier ces prix dans la presse, décision qui mécontente encore plus les habitants. Une des raisons de l’envolée des prix est alors le rôle joué par les accapareurs. Certains ont, par exemple, acheté tous les haricots du marché de Cadours le 20 septembre, soit 100 hl, qu’ils ont expédié en Espagne via Perpignan. La même opération s’était produite avec les oignons aux marchés de Toulouse et Montauban, partis pour une destination inconnue via Bordeaux.

Dans l’industrie, un rapport de l’inspection du travail fait état des établissements français en activité : sur 38 380 établissements occupant 1 285 511 ouvriers, seulement 49 % fonctionnaient en août 1914, les autres ayant fermé. En octobre 1914, ils sont 57 % à être en activité et 79 % en juillet 1915. Ils représentent alors près de 70 % du personnel en temps de paix. Les 574 ouvriers annamites arrivés le 13 septembre à Marseille à bord du paquebot "Amiral Magon", doivent renforcer les éléments des arsenaux de Tarbes et Pau. Ils fabriqueront les munitions.

Judiciaire

Nationalement, le juge d’instruction Drioux qui dirige l’enquête de l’assassinat de Jean Jaurès, signe au début de septembre, l’ordonnance renvoyant l’assassin Raoul Villain devant la chambre des mises en accusation sous l’inculpation d’homicide volontaire avec préméditation.

En région, le 3 septembre, une grave affaire de corruption est mise à jour au Saut-du-Tarn à Saint-Juéry (81). Quelques "contrôleurs réceptionnaires" de projectiles militaires se sont laissé corrompre, l’un d‘eux ayant perçu 200 F. Les prélèvements analysés ne montrent pas de malfaçon sur les munitions faites au Saut-du-Tarn. Cette affaire ne serait limitée qu’à une tentative de corruption de fonctionnaire car l’armée n’aurait subi aucun préjudice. Mais la presse s’alarme, soupçonnant quelques passes droits. Le 13 septembre, le directeur des usines est inculpé avec trois autres personnes pour des faits de corruption d’un contrôleur de 1re classe de la Marine. Les constatations d’usage révèleraient un préjudice matériel porté à la défense nationale.

Nos soldats

Le gouvernement décide le 7 septembre 1915 que la France doit posséder rapidement 111 escadrilles de 10 avions chacune. Le 13 septembre 1915, le sous-secrétariat d’État chargé de la direction des services de l’aéronautique et de l’aviation militaire est créé au sein du ministère de la Guerre. René Besnard en est le premier à occuper cette fonction. Les aviateurs sont rapidement formés et le parcours d’Octave Lapize vainqueur du Tour de France cycliste en 1910 –il a remporté notamment les deux étapes pyrénéennes à Luchon et Bayonne – est alors exemplaire. Engagé volontaire au début de la guerre comme motocycliste puis comme automobiliste, il vient de suivre une formation d’élève pilote au camp d’aviation d’Avord près de Bourges, et espère passer son brevet de pilote avant le 1er novembre.

Le gouvernement propose que les soldats touchent une solde d’un à cinq sous par jour et il décide dans le même temps la création d’une médaille commémorative de la campagne contre l’Allemagne. Elle sera attribuée dans un premier temps à tout soldat blessé puis, dès la fin du conflit, à tous les soldats.

Enfin, le moratorium des loyers est prorogé car un délai supplémentaire de trois mois est encore accordé aux veuves de militaires morts depuis août 1914, aux femmes de militaires disparus ou aux membres de leurs familles qui habitaient avec eux ainsi qu’aux sociétés dont les gérants sont sous les drapeaux.

Les blessés

Les blessés sont toujours aussi nombreux, la grande majorité vient du front. Le Conseil général de l’Ariège met le 4 septembre à la disposition de l’armée l’asile-hospice de Sabart à Tarascon-sur-Ariège pour la création d’un hôpital pour soldats tuberculeux et la ville d’Albi informe qu’elle soigne 884 militaires.

Le comité de l’œuvre des mutilés achète six appareils pour handicapés dont le coût est de 830 F et étudie par ailleurs la création d’une école pour la rééducation professionnelle des mutilés. Quant aux enfants victimes de la guerre, "orphelins de guerre", les autorités envisagent la construction d’asiles, véritables refuges pour eux.

Les familles qui vont visiter les blessés peuvent obtenir une réduction par les compagnies de chemin de fer en produisant une pièce émanant de l’établissement hospitalier et un certificat du maire de la commune.

Sécheresse

Le mois de septembre 1915 est sec et le vent quasi quotidien. Les feux de broussailles sont nombreux dans la région, feu de meules de paille à Castelnaudary (Aude), incendie du bois de Pradel à Samatan (Gers), feu à la montagne du Pech en Ariège… Le 23 septembre, en raison de ces conditions climatiques inhabituelles, le ministre de l’agriculture autorise exceptionnellement les agriculteurs à extraire l’herbe, la fougère, la bruyère et la mousse des forêts domaniales et à y mener les bestiaux avec l’autorisation des municipalités.

Le violent incendie à Toulouse, rue Riquet, n’est probablement pas dû à la sécheresse : le 24 septembre, il se déclare dans l’usine de chaussures de monsieur Gil dès 13 h. Dans un premier temps, le bruit court que l’entrepôt était vide et que la commande du ministère de la Guerre était honorée. Mais le lendemain, on apprend qu’une quantité importante de chaussures destinées à l’armée a brûlé.

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