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Juillet 1916

Offensive anglo-française, la bataille de la Somme débute le 1er juillet 1916. Elle est considérée comme l’une des batailles les plus meurtrières de la Grande Guerre. Le 1er juillet, la loi sur la contribution extraordinaire sur les bénéfices de guerre est publiée. Le gouvernement, ayant pris conscience de l’importance des bénéfices réalisés par les industriels titulaires de marchés de guerre, en impose une partie – celle à partir de 5000 F - en comparant ces bénéfices avec ceux des années 1911, 1912 et 1913. Le 5 juillet le premier numéro du Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique français, paraît après un premier départ infructueux en septembre 1915.

February 20, 2018
By: Patrick Roques

14 juillet
Dès le début du mois, les différentes autorités informent que toutes les manifestations présentant un caractère de réjouissances publiques tels les bals, banquets, illuminations et feux d’artifice sont interdites pour le 14 juillet. Comme en 1915, les principaux monuments devront être pavoisés aux couleurs des Alliés. Mais cette année apparaît une nouveauté. Lors de la fête, un diplôme d’honneur, provisoire en l’attente du diplôme définitif, sera offert aux familles des soldats morts conformément à la loi du 27 avril 1916.
À Toulouse, les édifices publics sont pavoisés et la première pierre d’un monument aux Toulousains morts pour la France est posée au cimetière de Terre-Cabade. La journée débute à 9 h par la revue des troupes sur les allées Saint-Michel puis des diplômes d’honneur sont remis officiellement aux familles. Parce que la loi est récente, que l’impression sur cuivre prend du temps et que les « morts pour la France » sont nombreux, le préfet précise que seules les familles dont le militaire est mort avant le 20 septembre 1914, recevront les diplômes. Pour respecter les délais, un diplôme provisoire est, dans un premier temps donné. Il sera rapidement suivi du diplôme définitif. À 14h, une représentation au Théâtre de la Nature (au Ramier) est offerte par la ville aux militaires blessés, suivie de 15 à 18h par le concert donné au Parc Toulousain. Toute la journée, des quêtes sont faites en faveur de "l’œuvre des orphelins toulousains de la Guerre". La commune donne à chaque blessé et chaque malade un demi-litre de vin blanc de Salignac (Gironde), des pâtisseries et des cigares et améliore le menu des Fourneaux économiques avec une distribution de vin supplémentaire.
Les premiers diplômes définitifs, œuvre de Charles Coppier qui a reproduit "La Marseillaise", groupe sculpté par Rude et situé sur l’Arc-de-Triomphe à Paris, sont distribués vers la fin du mois dans les villes de la région, Foix par le préfet, Montauban, Cahors… À Ax-les-Thermes, c’est dans la grande salle de théâtre du casino qu’ils sont remis. Le premier diplôme définitif porte le nom du premier soldat français mort, le caporal Peugeot.


Agriculture
Le besoin de main-d’œuvre est tel que le ministre de la Guerre décide de constituer des équipes agricoles avec les soldats de la classe 1917 n’appartenant pas à l’agriculture. Il accorde en outre de nouveaux sursis et des permissions de quinze jours aux agriculteurs sous les drapeaux. La commission du Tarn de la main-d’œuvre agricole fixe les salaires des travailleurs militaires : les journaliers ordinaires (laboureurs et faneurs) seront payés 2 F par jour, les faucheurs 3 F, les moissonneurs et sulfateurs 4 F et les blessés convalescents 1,50 F par jour, le logement, la nourriture et le voyage en sus.
Mais les agriculteurs se plaignent maintenant de ne pas pouvoir garder leurs salariés. En effet, comme le déplore le syndicat des agriculteurs de l’Aude, de plus en plus de personnes, surtout étrangères, dénoncent leurs contrats de travail en cours pour aller en signer d’autres mieux rémunérés. Les propriétaires et le syndicat demandent des sanctions législatives car ils sont, en l’état, désarmés.


Économie
En août 1914, le papier coûtait 29 F les 100 kg, en juin 1916 il était à 55 F et en juillet son prix est de 72 F. Les propriétaires de journaux avouent un tirage en forte hausse depuis le début du conflit. Mais même dans ce cas, la diffusion ne compense pas l’augmentation des coûts annexes (encre, façonnage…..). En conséquence, la presse supprime dans un premier temps, les numéros qu’elle distribuait gratuitement.
Les municipalités rencontrent également de nombreuses difficultés : à Mirande (32) le prix du gaz pour l’éclairage de la ville augmente "en raison de la hausse du charbon" et à Rodez (81), la location mensuelle de compteurs de gaz passe à 1,15 F.
Les réclamations sont nombreuses : la chasse étant interdite, les habitants protestent car les dégâts des animaux "nuisibles" sont importants. Aussi, des battues sont-elles organisées pour combattre notamment les renards et les pies comme à Ségoufielle (32). La crise du sucre n’est toujours pas réglée malgré les annonces des autorités. Aussi, des agriculteurs, réfugiés provenant du Nord, proposent-ils de cultiver la betterave dans notre région.
La vie devenant de plus en plus chère, les habitants se plaignent à chaque hausse comme à Carcassonne lorsque le prix du lait passe de 0,40 à 0,50 F le litre. Ils se plaignent également du manque de monnaie de billion, problème qui "réapparait" alors qu’il a toujours existé. Lavaur décide d’émettre des billets municipaux de 5 et 10 cts, 200 000 pièces de 5 cts vont être mises en circulation dans le département du Gers et le comité d’Auch, préfecture du Gers, décide de créer une monnaie de guerre composée de jetons en aluminium de 0,05 et 0,25 F. Les habitants d’Ax-les-Thermes se plaignent, eux, des retards qui s’accumulent dans le courrier : en 1915, deux facteurs assuraient les distributions quotidiennes, cette année, il n’y en a plus qu’un.
Faute de moyens, les autorités locales peinent à répondre aux protestations et sont à la recherche de ressources. Comme à Gaillac, elles incitent leurs administrés à régler dans les plus brefs délais, les taxes communales sur les chiens, les prestations, les licences, les gadoues, les pensions collégiales etc… Les autorités rappellent qu’elles peuvent ainsi verser les allocations militaires mensuelles. Villefranche-de-Rouergue indique qu’elles seront versées le vendredi 7 juillet de 8h à 12h, des numéros 1 à 500 à la mairie, des numéros 501 et plus à la recette des finances. La ville précise que les retardataires seront payés à la recette des finances le 21 juillet de 9h à midi.
Enfin, les cafés protestent car la fermeture de 22 h leur paraît tôt et nombreux sont ceux qui, n’ayant pas respecté l’horaire, sont depuis fermés temporairement et administrativement. Aussi, le préfet de la Haute-Garonne fait-il des heureux lorsqu’il autorise l’ouverture de ces commerces jusqu’à 22 h 30.


Affaires
La brigade mobile de Toulouse arrête le 4 juillet une bande de malfaiteurs et met fin à de nombreux vols. Depuis plusieurs semaines des vols de toute nature, argent, linges, montres, effets militaires… étaient constatés dans les divers dépôts militaires du Midi. Les régiments de Saint-Gaudens, Pamiers, Castres, Agen, Cahors, Brive, Limoges… étaient visités par d’audacieux malfaiteurs sur lesquels toutes les recherches étaient demeurées infructueuses. Menant l’enquête, les inspecteurs de la brigade mobile réussirent à obtenir de précieux renseignements qui ont abouti à l’interpellation de six malfaiteurs, tous mobilisés. Quatre d’entre eux étaient recherchés par l’autorité militaire pour délit de désertion. Les six individus portaient des décorations et des insignes de sous-officiers auxquels ils n’avaient pas droit. L’un d’eux facilitait, au moyen de faux-papiers militaires, l’entrée dans les dépôts et les bandits opéraient de nuit de préférence. Lors de leur arrestation, presque tous ont opposé une vive résistance, essayant de se défendre avec des lames de rasoir, des brownings, des coups de poings américains.
Les douaniers sont également à l’honneur car 30 mules et 7 mulets qui allaient être exportés frauduleusement par les Pyrénées ont été abandonnés par sept inconnus qui ont fui devant les fonctionnaires. L’administration a confisqué les bêtes le 10 juillet.


Éducation et culture
En juillet 1916, les examens (certificats d’études, brevets, baccalauréat…) et les différents concours notamment ceux du Conservatoire se déroulent comme l’année précédente. Les distributions de prix comme au collège de Saint-Gaudens le 5 juillet ou au lycée de Foix récompensent les bons élèves. À Gaillac, la présence du sous-préfet et celle du commandant de la place rehaussent la cérémonie du 8 juillet. Les élèves peuvent partir en congés, les vacances scolaires s’étalant du 2 août au 2 octobre.
Par ailleurs, de nombreuses publications concernant la guerre paraissent comme le 9 juillet avec le 8e fascicule de 64 pages, 19 illustrations et 6 cartes de L’histoire générale et anecdotique de la Guerre de 1914. Il est vendu chez Berger-Levrault, éditeurs à Paris au prix de 75 cts. Ce fascicule termine le 1er tome écrit par l’auteur Jean Bernard, tome de 500 pages et plus de 130 documents. Paraît également le pape et l’empereur, les dessous diplomatiques de la Guerre 1914-1916 chez l’éditeur parisien Delandre dont l’auteur est Paul Théodore-Vibert.


Œuvres
L’oeuvre de la "journée serbe" organise en ce début de juillet deux soirées de gala pour la population civile. Le prix des places au théâtre toulousain est de 1,50 F les fauteuils d’orchestre, 1 F les stalles, 0,50 F les parterres et 3,50 F les loges entières : le programme comprend trois pièces, de nombreux morceaux de concert et huit morceaux d’orchestre.
À Narbonne, des trophées de guerre pris à l’ennemi en Champagne sont exposés au profit de tous les hôpitaux de la ville. La visite est à 0,25 F par personne. Quant aux blessés de l’hôpital complémentaire n° 37 d’Eauze (32), ils organisent une matinée pour le 14 juillet et à Montauban, c’est le comité de la presse qui distribue les "douceurs destinées à l’amélioration des repas".
Grâce aux quêtes, concerts, matinées, expositions… les œuvres peuvent financer leurs actions. Celle tarnaise de rééducation professionnelle des mutilés de la guerre informe que 162 mutilés (dont 19 en juin 1916) ont été admis comme pupilles de l’œuvre depuis sa création jusqu’au 30 juin : 79 ont une prothèse et 9 sont en rééducation ou en apprentissage ou placés comme ouvriers. En juin 1916, les appareils de prothèse suivants équipent des mutilés : 2 pilons, 1 gaine pour jambe, 2 bras avec épaulières, 5 avant-bras et un appareil rigide pour la main. Au niveau national, un concours est ouvert pour les inventions et les transformations d’objets nécessaires à la vie des aveugles (montre Braille, jeux de dames en relief, cartes à jouer spéciales…)


Armée

Le 8 juillet, la famille du soldat Fabien, de Cransac (Aveyron), apprend qu’il n’est plus prisonnier de guerre en Allemagne mais qu’il est en Grande-Bretagne. Il a réussi à s’échapper du camp dans lequel il était interné et a pu rejoindre Folkestone (Angleterre) où il a envoyé la bonne nouvelle à ses parents.
Une deuxième bonne nouvelle arrive : le ministère de la guerre informe que les naissances d’enfants seront dorénavant annoncées aux militaires, aux frais de l’État.
Enfin, le lieutenant-colonel de la place de Montauban demande des bénévoles pour des travaux d’écriture ou autres qui permettront "d’économiser une partie de la main-d’œuvre militaire employée à la caserne" et "de réduire le personnel salarié".

 

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