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Mars 1916

Le 9 mars 1916, l'Empire allemand puis l’Autriche-Hongrie le 15 mars, déclarent la guerre au Portugal. En France, le 16 mars 1916, le ministre de la Guerre, le général Gallieni, démissionne pour raison de santé. Il est aussitôt remplacé par le général Pierre-Auguste Roques, originaire de l’actuelle région Occitanie car il est né à Marseillan (Hérault), le 28 décembre 1856.

November 21, 2017
By: Patrick Roques

Agriculture
Les démonstrations et « expériences » de motoculture se poursuivent dans les différentes villes de la région et ont un grand succès à tel point que des "concours de culture mécanique" sont rapidement organisés. Un des premiers se déroule au domaine du conseiller général Marrot à Lafourguette près de Toulouse. Les discussions vont bon train sur le "Bull" d’un poids de 1 800 kg qui "fait le travail de 7 à 8 bons chevaux, en 10 h, laboure 2,5 ha à la vitesse de 5 km/h" et consomme 7 l d’essence environ par heure.
L’objectif est d’améliorer la production car le gouvernement, inquiet, surveille les stocks : par exemple, les enquêtes montrent que 12 978 676 hl de vins sont sortis des chais au 20 février dernier dont près de 2 000 000 de l’Aude qui en a encore 153 395 en cuves. Pour le blé, les autorités demandent aux agriculteurs de déclarer avant le 15 avril les superficies ensemencées et avant le 15 octobre la quantité de grains récoltés. Elles pourront ainsi évaluer l’importance des stocks qu’elles réquisitionneront, promettant de les acheter au prix maximum de 33 F le quintal.
Les comités d’action agricole nouvellement créés sont associés à ces opérations. Mais leurs contrôleurs ne sont pas tous exemplaires. C’est le cas de monsieur Dupuy, propriétaire à Mirande (Gers). Nommé membre du comité d’action agricole, il est chargé de contrôler le ravitaillement. Également président de la commission de ravitaillement, il est donc chargé de se contrôler. Sa démission est demandée.
Dans le cadre des réquisitions, les excès existent aussi : les maires des communes audoises de Tréville, Villepinte et Lasbordes protestent contre les prélèvements de bœufs de travail. Avec raison semble-t-il car le sous-secrétaire d’État à la Guerre confirme que ces réquisitions sont "absolument interdites".


Blessés et mutilés
La bataille de Verdun qui a débuté le mois dernier, est probablement bien meurtrière car les convois de blessés ne cessent d’arriver, le 1er mars à Lavaur, vite répartis dans les hôpitaux de la ville, puis les jours suivants à Montauban, Toulouse, Foix, Carcassonne, Montpellier… Albi qui avait cessé d’organiser des concerts à l’hôpital temporaire n°4, les reprend vers le 10 mars en raison de la venue de nombreux blessés.
Avec eux arrivent également les mutilés qui ont besoin de soins supplémentaires. À Albi, les nombreuses demandes (106 au 25 mars) sont instruites et un atelier de construction et de réparation de prothèses est en cours d’aménagement dans l’hôpital n°9. Il est inauguré à la fin du mois et les nombreux sous-comités aux mutilés se mettent en place avec comme objectifs de former puis placer les handicapés.
En revanche, la famille du carmausin Léon Fraissinet est heureuse d’apprendre le 20 mars qu’il est en vie : il fait partie des rescapés de la "Provence II". Ce paquebot transatlantique, réquisitionné et utilisé pour le transport de troupes, est torpillé le 26 février 1916 au large du cap Matapan. Il sombre, faisant 912 victimes dont de nombreux soldats de la région.

Œuvres
Une nouvelle œuvre, "la cocarde du souvenir" est créée le 11 mars : son but est de défendre de l’oubli les noms des soldats morts sur le front. Avec l’œuvre des soldats aveugles, sourd-aveugles et aveugles-manchots, le nombre d’associations augmente de mois en mois. Afin de rendre plus efficaces les quêtes et plus lisibles leurs missions, les œuvres de la Haute-Garonne se regroupent au niveau départemental. Les comités de secours d’Albi et de Castres font de même et organisent conjointement la tombola au bénéfice de l’œuvre tarnaise des prisonniers et des œuvres d’assistance aux victimes de guerre et aux blessés de toutes les formations sanitaires du département. Concerts et matinées sont toujours donnés ce qui permet aux sociétés de financer les missions qu’elles mènent.


Affaires
Le 15 mars un patron mégissier de Graulhet est arrêté : il utilisait de faux tampons destinés au marquage des peaux. L’affaire fait grand bruit car des tampons retrouvés lors de la perquisition, portent les initiales "A. C." et "L. P. " qui sont celles de deux experts récepteurs de l’administration militaire, Avérous Cassius et Louis Pélissier. La fraude est découverte car depuis quelques temps les livraisons ne correspondaient pas aux commandes : les experts n’avaient par exemple retenus que 571 chapes (des vêtements chauds pour les militaires) alors que 1 500 avaient été livrées avec leur tampon. L’autorité militaire prévenue, la commission de réception constate le délit le 5 mars à l’usine. De plus, le vol est manifeste car le nombre de peaux par paquets de 25 était parfois inférieur aux déclarations. Enfin, cinq jours plus tard, un court-circuit est à l’origine d’un début d’incendie vite maîtrisé mais cet incident alimente les commentaires et augmente les soupçons.


Espions et déserteurs
Les autorités rappellent que les biens appartenant aux ennemis doivent être déclarés auprès du Parquet avant le 17 courant. Aussi, les dénonciations sont-elles nombreuses. Par exemple, Léon Daudet appartenant à "l’Action française", mouvement royaliste, anti républicain et anti parlementaire, accuse, à travers ses articles, Richard Heller d’être un espion à la solde des Allemands. Richard Heller, autrichien naturalisé français, propriétaire avec trois autres Français de la société "la lampe d’Osram", possède une usine de lampes à Puteaux près de Paris et, entre autres, un magasin de vente situé à Cahors. Habitant cette ville depuis de nombreuses années, il est, à l’inverse de ses associés, inquiété par la police.
Mais c’est aux gendarmes que sont remis deux militaires Allemands évadés de Fleurance (Gers) en compagnie d’un troisième. En uniforme, ils ont été facilement repérés par deux personnes qui les ont poursuivis et attrapés. Le troisième, en fuite, sera arrêté les jours suivants.
C’est également les gendarmes, aidés cette fois des douaniers, qui arrêtent dans la vallée Ribérat sur la commune de Bordes-dur-Lez (09), 3 déserteurs du 130e R. I. T. Ils seront condamnés à cinq ans de travaux publics.


Industrie

Les centres lainiers d’Elbeuf, Vienne, Castres ou Lavelanet, les deux derniers dans notre région, représentent la majeure partie de la production française depuis que ceux de Roubaix, Tourcoing, Fourmies, Reims et Sedan sont en territoire occupé. Lavelanet, dans l’Ariège, se distingue des trois autres par le fait que la commune ne possède que trois usines plus une quatrième proche, à la Bastide-sur-l’Hers. Le travail s’y pratique en "chambre" c’est-à-dire chez le client et les fabricants doivent recourir à des façonniers (filateurs, teinturiers, apprêteurs ou tisserands). Les quatre centres sont exclusivement réservés à l’armée donc les grands magasins n’ont aucune autre possibilité que d’importer les tissus.
Les habits sont confectionnés le plus souvent par de la soie ou de la laine. Dans le premier cas les éleveurs de vers à soie à Guitalens (81) prévoient une très bonne année car les prix sont rémunérateurs, la faiblesse des arrivages du Levant en étant la cause. Dans le deuxième cas, les industriels développent leur industrie grâce aux commandes de l’armée. Ceux installés rue du Gravas à Mazamet proposent aux ouvrières travaillant à domicile de réparer 10 000 sacs contenant de la laine, pour 0,60 F par sac (30 sacs par semaine), les aiguilles et la ficelle étant à leur charge.
Enfin, la Compagnie française de métaux de Castelsarrasin offre du travail aux réfugiées ouvrières aux conditions suivantes : travail de jour à 1,75 F et de nuit à 2,50 F avec prime d’assiduité de 0,15 F par jour et une prime de guerre de 10% sur le salaire mensuel.


Vie municipale

Le 29 mars paraît dans L’Express du Midi l’information selon laquelle des femmes sont employées de tramway : "ce matin mercredi, les Toulousains assisteront à une agréable inauguration de la Compagnie des tramway. Des femmes remplaceront sur un certain nombre de tramways les receveurs, de jeunes gamins dont l’administration et le public n’étaient pas toujours satisfaits". La centaine de femmes, qui prennent place sur les plates-formes, ont répondu à la demande du directeur Firmin Pons. Elles portent une tenue spéciale composée d’un bonnet bleu de police à lisière rouge, d’un brassard bleu avec les initiales O. T. et d’une sacoche.
Dans cette même ville, "en raison des événements", le maire interdit à toute personne masquée ou travestie pour le Mardi Gras, de circuler sur la voie publique. Il interdit aussi les défilés dans les rues, les exhibitions au Cours Dillon et la noyade de "Carnaval" sur la Garonne. Comme lui, d’autres maires ainsi que quelques préfets prennent les mêmes décisions.
L’autorité préfectorale du Tarn autorise du 8 mars au 1er avril, les propriétaires à chasser les lapins trop nombreux qui font de gros dégâts. Les jeudis et dimanches, les chasseurs mandatés pourront également détruire les nuisibles suivants : sangliers, renards mais aussi blaireaux, fouines, aigles, faucons, corbeaux, corneilles, pies, et geais.
Quant au ravitaillement, le charbon manque à Albi et les prix s’envolent. L’augmentation significative des frais de construction est due à la rareté de la main-d’œuvre et à la cherté des matériaux. Le prix du sucre passe de 0,60 F le kg en août 1914 à 1,25 F en mars 1916 et les habitants dénoncent les profits de la Société des Raffineries et Sucreries Say qui se sont envolés sur la même période de 2 millions à plus de 6 millions.
Face à l’augmentation du prix du blé, monsieur Chabanon, minotier à Auch, annonce qu’il cesse son activité et ferme son moulin car le prix réglementé de la farine par la ville d’Auch, de 30,80 F, n’est plus rémunérateur. C’est également le sens de la protestation des coiffeurs de Castres qui ferment boutique du samedi 15 au lundi suivant : « vu la cherté des produits », ils décident d’augmenter leurs prix.
Pourtant les autorités s’activent : parce que le prix des pommes de terre est en hausse, l’Intendance de l’armée est chargée de négocier avec les pays susceptibles d’en fournir. Les pommes de terre seront vendues sans bénéfice aux négociants qui devront modérer leurs marges avec les détaillants. Afin d’assurer le ravitaillement de Toulouse, la municipalité achète, le 26 mars, pour 1 millions de F de blé au toulousain M. Potel qu’elle s’engage à payer au maximum 33 F, au fur et à mesure des livraisons.
Les difficultés d’approvisionnement touchent également Réalmont (82) : l’éclairage public est suspendu jusqu’à nouvel ordre car le carbure de calcium est réquisitionné. À Castelnaudary les habitants se plaignent du mauvais entretien des horloges de la ville : depuis la mobilisation de l’horloger, elles indiquent des heures fantaisistes et les cloches sonnent les heures de manière irrégulière.
Par ailleurs, les règles d’hygiène publique sont difficiles à appliquer et les menaces de contrôle bien dérisoires. Les déversements dans les fossés sont interdits mais la surveillance des contrôleurs, peu nombreux, s’avère inefficace. Même le préfet de la Haute-Garonne, lorsqu’il informe les maires qu’une concentration des troupes dans la commune impose des mesures d’hygiène indispensables et que la règlementation de la prostitution doit être appliquée "avec la plus grande rigueur", sait que faute de contrôleurs, il a peu de chances d’être entendu.
Dans cette période morose, de bonnes nouvelles apparaissent : les travaux de l’école des Fontaines de Saint-Cyprien à Toulouse débutent le 8 mars et le pont de Très-Casses à Castesarrasin est réceptionné par la municipalité. Construit d’après le système Gisclard, il sera mis en circulation les jours prochains après les essais de charge. Autre bonne nouvelle, la compagnie d’assurances générale accorde une gratification de 100 F aux militaires du 76e R. I. qui ont apporté un secours et une aide efficaces lors de l’incendie de la maison Théron, place de la République à Toulouse. Dans cette ville, deux crèches municipales ouvrent le 1er mars, l’une à Saint-Michel, la deuxième aux Amidonniers. Les enfants sont admis tous les jours sauf les samedis et dimanches, de 7 h 30 à 19 h, pour 0,10 F chacun.

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