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Octobre 1915

La Bulgarie entre en guerre le 5 octobre contre la Serbie et l’envahit aussitôt. Le 17 octobre, l’Angleterre déclare la guerre à la Bulgarie suivie le lendemain par la France et le 19 octobre par l’Italie. Suite à l’échec des négociations auxquelles il a participé en vain, le ministre des Affaires étrangères, l’Ariégeois Théophile Delcassé, démissionne le 13 octobre du gouvernement Viviani qui est remplacé le 29 octobre par celui d’Aristide Briand.

March 08, 2017
By: Patrick Roques

En Ariège, la commune des Allemans devient La Tour-du-Crieu. En effet, "En raison des évènements tragiques actuels", Jules Simorre, maire des Allemans, propose le 16 août 1914 de changer la dénomination de son village car elle "rappelle trop celle de nos ennemis héréditaires, synonyme de barbarie". Il propose "La Tour-du-Crieu" car il existait "jadis sur la place de la Tour située au centre du village, une tour dont un vestige impérissable fait l’admiration des visiteurs". Le village s’appelait alors "Saint Paul du Crieu", le Crieu étant le ruisseau qui traverse la commune. "D’enthousiasme et par acclamation", le conseil municipal adopte la proposition de son maire. Le sous-préfet juge le motif de la demande "digne de considération" et l’avis du conseil général étant favorable, le préfet transmet le 9 octobre 1914 le dossier au ministre de l’Intérieur. En fin d’année, le préfet reçoit une carte-correspondance envoyée le 24 novembre par des soldats du 134e régiment d’infanterie territoriale basé en Ariège. Approuvant le changement de nom, ils proposent d’appeler le village "Dardier", du nom de leur colonel tué au champ d’honneur. Cependant, par décret du 14 octobre 1915, Raymond Poincaré alors président de la République française, décide que "la commune des Allemans (canton de Pamiers, département de l’Ariège) portera à l’avenir le nom de La Tour-du-Crieu". Le même jour, un autre décret donne à la commune des Allemands dans le Doubs, le nom de "Les Alliés". La décision prise dans l’Ariège témoigne des sentiments antiallemands qui se développent alors. Dans un article publié dans L’Express du Midi le 5 mars 1915, son auteur rappelle que la rue d’Allemagne à Paris a été récemment débaptisée. Il recense treize noms de lieux ou de villages qui comportent encore le mot "Allemagne" ou "Allemands" ou "Berlin" ou encore "Boche".

Il en est de même avec les iles Kerguelen situées au sud de l’océan Indien et possessions françaises. Depuis le 4 juin dernier, elles sont "débarrassées de noms germaniques". Le service hydrographique de la marine vient de remplacer les noms allemands par des dénominations bien françaises. Ainsi la presqu'île Bismarck devient la presqu'île Jeanne d'Arc, les bassins du Prince-Royal, du Prince-Henri et de l’Empereur deviennent les baies Chanzy, Suffren et de la Marne, la presqu’île Stosch prend le nom de Hoche, celle de Roon le nom de Carnot...

Affaires

Le 11 octobre, le conseil d’administration de la société du Saut-du-Tarn remet "dans un souci de bonne marche de l’entreprise", ses ateliers à la disposition du ministère de la Guerre. Car l’affaire du Saut-du-Tarn, considérée comme minime, a pris une nouvelle tournure avec le dépôt de plainte du ministre de la Guerre pour fraudes et corruption de fonctionnaires : un autre chef de service est alors arrêté.

Les malversations se déroulent également dans des secteurs jugés sensibles. Par exemple, la population est avertie le 2 octobre que les casques mis en vente ressemblent à ceux distribués au front mais n’ont pas les mêmes qualités. Aussi, les familles doivent-elles s’abstenir de les acheter et de les envoyer à leur soldat. C’est également le cas des appareils de protection contre les gaz, jugés de piètre qualité, mis en vente auprès du public.

Le 28 octobre, la cour d’assises de la Haute-Garonne juge un juge de paix de Fleurance, poursuivi sous l’accusation de détournement d’une somme de 1 200 F. Il est condamné le lendemain à cinq ans de prison.

Agriculture

Il est urgent de terminer les semailles et les labours. Aussi le ministre de la Guerre décide-t-il d’accorder les permissions agricoles à tous les hommes de troupe, agriculteurs, à l’exception des hommes de l’active ou la réserve des classes 1902 à 1915. Les équipes de travailleurs non professionnels devront également participer à l’effort. Par ailleurs, après les résultats parus dans l’Officiel montrant un déficit en blé, les autorités constatent qu’il est comblé en grande partie par la consommation accrue de pommes de terre, de maïs et de châtaignes "dont les habitants des campagnes n’hésitent pas à faire usage quand le besoin l’exige".

Quant aux vendanges, le ministère de la Guerre informe les viticulteurs qu’ils doivent garder le quart de la récolte pour les réquisitions. Les cours seront déterminés par la commission départementale d’évaluation de réquisition.

Les rentrées

Le mois d’octobre est celui des rentrées, rentrée scolaire le 2 octobre, rentrée judiciaire le même jour. L’École des beaux-arts de Toulouse ouvre le 15 du mois et les jours suivants le Conservatoire organise ses concours d’admission. Les cours publics de musique, de dessin… reprennent ainsi que les séances des différentes sociétés (géographie, agriculture…). Les clubs sportifs programment à nouveaux des rencontres et organisent leurs championnats.

Même les concerts toulousains de musique au Grand Rond, arrêtés depuis le 2 août 1914, reprennent comme les courses hippiques qui n’étaient plus organisées depuis la même date.

Nos soldats

L’autorité militaire définit les situations des hommes mobilisés, revenus du front et qui sont employés dans les usines privées travaillant aux fabrications de guerre (artillerie, poudres, aéronautique…). Ils bénéficient de la législation ouvrière et sociale et perçoivent un salaire normal. Affectés aux établissements, ils ne peuvent les quitter que par mutation régulière. Ils ne peuvent prétendre aux congés et permissions militaires, à la franchise postale, au tarif militaire en chemin de fer et leurs familles n’ont pas droit aux allocations militaires. Mais ils restent tout de même à la disposition du ministère de la Guerre et relèvent en dehors du temps de travail, de l’autorité militaire.

Le commandant de la place de Foix rappelle également les tarifs de réquisition de logement pour la troupe lors de cantonnements : 1 F par jour pour un lit d’officier, 0,20 F pour un lit de sous-officier ou soldat, 0,05 F pour le cantonnement d’un homme par nuit, 0,20 F par jour et m2 pour chambre et pièce habitée, 0,01 F par jour et m2 pour magasins, remises, granges…

Nos blessés

Le nombre de blessés reçus dans notre région augmente en octobre comme en témoigne le maire de Montauban. Il informe ses administrés qu’"à la suite des glorieuses batailles de Champagne et d’Artois, le nombre de blessés soignés dans les différents hôpitaux de la ville qui avait fortement diminué s’est fortement accru ces jours ci". La seconde bataille de Champagne est donc bien meurtrière car depuis le début du mois on ne compte plus les convois de blessés qui arrivent à Saint-Gaudens, Foix, Auch, Lectoure, Saint-Girons, Carmaux, Verdun-sur-Garonne… Villefranche-de-Rouergue reçoit 70 blessés dirigés à l’hôpital Sainte-Claire, 30 à l’hospice, 15 dans les hôpitaux temporaires.

Au milieu du mois la communauté belge envisage d’ouvrir une école à Albi, ville dans laquelle fonctionne depuis peu une école professionnelle pour la rééducation des mutilés qui y sont logés, nourris, éduqués ou rééduqués gratuitement.

Nos morts

Madame veuve Marie Caralp, de Ganac dans l’Ariège, reçoit au début du mois la croix de guerre en souvenir de son fils, sous-lieutenant, mort glorieusement le 29 octobre 1914, près d'Arras, au combat de Mouchy. Laurent Caralp, âgé de 29 ans, docteur en droit, rédacteur à la Caisse des dépôts et consignations à Paris, a été appelé le premier jour de la mobilisation et incorporé au 79e régiment d'infanterie comme sous-lieutenant. La citation suivante, à l’ordre du régiment, accompagnait la croix de guerre : "Au cours des attaques répétées, menées pendant plusieurs jours devant un village fortifié, a fait preuve des plus belles qualités de courage et d'énergie. Le 2 novembre 1914, le lieutenant- colonel : PETIN".

Une lettre du colonel complétait cet envoi : "Madame, J'ai l'honneur de vous faire parvenir ci-inclus, un extrait de l'ordre n° 37, par lequel j'ai cité à l'ordre du régiment votre fils, M. le sous-lieutenant Caralp, tombé glorieusement devant le village de Mouchy. Je profite de cette occasion, Madame, pour vous exprimer la part très vive que je prends à votre douleur et vous faire connaître la haute estime dans laquelle je tenais votre fils, de façon toute particulière. Sa mort a été héroïque, à côté de son capitaine, M. Blin ; il s’est élancé sur une route battue par les balles de mitrailleuse et prise de flanc par la mousqueterie allemande. Ses hommes l'ont suivi jusqu'au bout et seule la mort a pu l'arrêter. De tels exemples assurent l'héroïsme d'une troupe et préparent les revanches futures. Vous pouvez être fière de votre fils. En vous renouvelant Madame, l'assurance de la part très vive que je prends à votre douleur, je vous prie de vouloir bien trouver ici l’hommage de mon profond respect".

Madame Caralp recevra, comme toutes les familles des militaires décédés, les effets et objets laissés par son fils à l’armée lors de son incorporation. Le 18 octobre, le ministre de la Guerre décide qu’ils ne seront plus donnés au dépôt mais expédiés par voie ferrée aux maires dans les communes dans lesquelles résident les familles. Les frais d’envoi seront remboursés par l’administration.

La région déplore la disparition du célèbre entomologiste aveyronnais, Jean-Henri Fabre (1823-1915). Décédé le 11 octobre 1915, à 92 ans, cet homme de sciences et de lettres qui rêvait "de composer une cité des insectes qui aurait été la plus troublante des révélations sur sa vie…" a vu son souhait exaucé par la réalisation du musée "Micropolis" inauguré à Saint-Léons (Aveyron) en 2000.

Vie municipale

La pénurie de petite monnaie en nickel et bronze est telle qu’elle a donné naissance à un commerce clandestin. Les petites sommes recueillies sont revendues à un prix supérieur à leur valeur nominale. Par exemple, les pièces de 50 cts sont revendues à 75 cts et plus parfois. Le phénomène prend une telle ampleur que le 17 octobre, les préfectures interdisent le négoce de sous.

En octobre, les conseils d’arrondissent comme celui de Foix ou de Gaillac, à la demande du préfet, doivent répartir les contributions personnelles mobilières qui portent aussi sur les portes et fenêtres. En ces temps difficiles, ces impôts sont bien lourds. Car la vie chère touche de nombreux produits, le pain, le sucre, la viande, les œufs, le pétrole, le bois et le charbon, produits indispensables et de première nécessité. Aussi, l’administration intervient-t-elle dans ces domaines en imposant des prix qu’elle réglemente même si la mairie de Castelnaudary autorise l’augmentation du lait de 0,30 à 0,40 F le litre ce qui mécontente ses habitants. À Albi, la commission extra municipalise arrête les prix du sucre (1,25 F le kg), du sel (0,25 F), des pâtes alimentaires (1,20 F), des pommes de terre (0,15 F), des haricots (0,70 F le litre), des pois (0,80 F/l), des œufs (1,60 F la douzaine), du lait (0,25 F/l) et du pétrole (0,45 F/l). Rodez demande aux boulangers de bien peser les pains, aux bouchers de tenir les prix plus en rapport avec les cours pratiqués localement, aux maraîchers de pratiquer des prix modérés ainsi qu’à tous les marchands de denrées et vivres de première nécessité.

Parce que les doléances des habitants s’accumulent, Toulouse demande la déchéance de la compagnie de gaz. L’accident survenu dans l’installation de la société toulousaine d’électricité, qui prive le 18 octobre la ville d’électricité de 17 h à 23 h, n’améliore pas les relations entre la municipalité et la compagnie. Les difficultés d’approvisionnement et le prix élevé du charbon imposent à Castelsarrasin comme ailleurs de restreindre l’éclairage public.

Enfin, les communes portent assistance comme chaque année aux plus démunis dont le nombre augmente. Comme à Montauban ou à Cahors, dans le but "de venir en aide à la population ouvrière pendant la saison d’hiver, et de lui assurer une distribution de soupes et de légumes bon marché", les fourneaux économiques reprennent à partir du 2 novembre prochain probablement jusqu’en juillet 1916.

Désertion

La propagande est diffusée dans tous les domaines, la presse essentiellement mais aussi celui associatif : la conférence du 14 octobre à Toulouse organisée par les fédérations des sociétés de préparation militaire de l’Ariège et de la Haute-Garonne traite de "l’hygiène du soldat en campagne". La culture n’est pas épargnée, les pièces de théâtre comme "Vive la France" présentée aux Nouveautés, "pièce très originale toute d’actualité et purement patriotique", remportent un vif succès.

Malgré la propagande, les conseils de guerre permanents jugent de plus en plus d’affaires de désertion. C’est le cas de deux jeunes gens de Toulouse et de Tonneins arrêtés à Saint-Girons. Ils voulaient passer en Espagne pour se soustraire à leurs obligations militaires. Un autre, déserteur, a réussi à passer en Espagne. Ses parents qui voulaient le rejoindre ont été dessaisis le 18 octobre de leurs passeports.

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