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Juin 1916

En juin 1916, le gouvernement décrète que l’heure légale fixée par la loi du 9 mars 1911 sera avancée de soixante minutes dans la nuit du 14 au 15 juin, pour des raisons économiques, jusqu’au 1er octobre suivant. L’Allemagne l’a fait depuis le 1er mai, le Danemark le 13, suivi par l’Angleterre le 20 puis la Hollande, la Suède et l’Italie. C’est également en juin que les Chambres peuvent se réunir en comité secret. Il suffit qu’au moins cent parlementaires le demandent et proposent un sujet bien précis. Le gouvernement voulant ainsi éviter la tenue publique de certains débats, il n’y aura pas de procès-verbal.

19 febrer 2018
By: Patrick Roques

Agriculture
Le pays a un besoin vital de fourrages et les directeurs des services agricoles sillonnent leurs départements pour en faire rentrer le plus possible lors de travaux de fenaison.
Car, en cette période, les battages battent leur plein et les entrepreneurs bénéficient des sursis accordés aux mécaniciens intervenant sur leurs machines. Ils profitent de facilités pour s’approvisionner en charbon et voient leurs tarifs en légère augmentation, peut-être en contrepartie de l’obligation qu’ils ont de tenir quotidiennement un carnet de battages. Les entrepreneurs du Sud-Ouest réunis vers le 15 juin en assemblée générale à Montauban décident de porter à 0,60 F l’hectolitre battu de céréales. Ils décident également que les déplacements des batteuses seront effectués à partir de 15 F donc que tout propriétaire de gerbier qui ne rendrait pas 25 hl devra payer le minimum de 15 F.
Il ne faut surtout pas mécontenter les agriculteurs. Aussi, pour faciliter le règlement des réquisitions, des commissions de liquidation des réquisitions sont-elles créées dans tous les départements. Parfois, l’armée réforme ses chevaux : le 17e escadron du train des équipages en vend 33 avec 17 mulets à Montauban le 20 juin. L’adjudication est ouverte aux seuls agriculteurs et éleveurs porteurs d’un certificat du maire de leur commune. Si besoin, les enchères seront ensuite ouvertes à tous.


Armée
L’union vélocipédique de France organise à Toulouse le brevet de cycliste militaire. Les concurrents doivent parcourir un trajet de 50 km en moins de 2h30 avec des bicyclettes plombées et le brevet cycliste doit se dérouler sur la route reliant Toulouse à Montauban. Le 27 juin, sur 86 jeunes inscrits, 75 prennent le départ et 58 obtiennent le brevet. Le premier parcourt le circuit en 1h30.
D’autres examens militaires sont également organisés comme celui du brevet d’aptitude militaire à Villefranche-de-Rouergue. Le programme, conforme à l’instruction militaire du 7 novembre 1908, est destiné à préparer les jeunes gens dans le meilleur état moral et physique.
Enfin, le conseil général des Basses-Pyrénées remet à la fin du mois trois voitures buanderies au service de santé militaire, équipées de cuves de lessivage, plus un fourgon-étuve avec une essoreuse électrique.


Municipalités
Il devient toujours plus difficile de trouver du sucre dont le prix augmente. Aussi les préfets le fixent-ils à 1,35 F le kg et pour apaiser les inquiétudes, le ministre du commerce informe que le pays s’est rendu acquéreur de 200 000 tonnes. Elles seront transportées en France et réparties entre les 17 ou 18 raffineries du territoire. À Toulouse, la société Épargne annonce qu’elle mettra en vente 60 000 kg de sucre.
Face au problème d’approvisionnement, la réponse de l’administration est de réglementer les prix et, comme le préfet de l’Aude, d’imposer par arrêté l’affichage des prix des denrées sur les étals. Même le papier est touché et devient rare : il coûte alors 55 F les 100 kg ce qui a de grandes conséquences sur la presse qui s’en plaint. À Montauban, les membres du comité d’action de la ville proposent aux élus locaux de créer un office central de l’alimentation qui serait chargé de réquisitionner les denrées subissant les spéculations.
Mais les municipalités devant gérer, avec des moyens en baisse constante, le quotidien des habitants, elles font de nombreux mécontents. Par exemple, les habitants du quartier Pargaminières, à Toulouse protestent le 10 juin car ils ne reçoivent plus l’eau aux 2e et 3e étages depuis le 7 juin. Ceux de Castelnaudary se plaignent car, par mesure d’économie, la municipalité ou la direction de l’usine de gaz, a fortement réduit l’éclairage électrique. Certaines rues deviennent de "véritables coupe gorges".
Parfois, comme à Toulouse, les habitants obtiennent gain de cause : un groupement de consommateurs avait assigné la Société Pyrénéenne d’électricité en dommage et intérêt car de fréquentes et longues interruptions d’éclairages étaient constatées. Le juge de paix a condamné la société à 250 F d’amende.
Entre Albi et Gaillac, la confrontation débute : les soldats de la classe 1917 du 15e régiment d’infanterie doivent être transférés à Gaillac car l’état sanitaire de la caserne neuve d’Albi laisse à désirer : la rougeole y sévit à l’état endémique, 247 jeunes soldats sur 891 sont touchés. Bien entendu, les autorités albigeoises ne sont pas d’accord et celles de Gaillac soutiennent la décision.


Main d’œuvre
Pour pallier le manque de main-d’œuvre, le conseil général de l’Ariège annonce la création d’un office départemental de placement gratuit chargé de procurer un emploi aux ouvriers, ouvrières, employés dans tous les domaines commerce, industrie, agriculture… Il est également chargé du recrutement de la main-d’œuvre nécessaire à la bonne marche des entreprises.
Poursuivant le même objectif, le gouvernement approuve la formation "d’un bataillon de 1 000 manœuvres noirs pour travailler dans les ports français". Mais la main-d’œuvre étrangère est considérée comme "suspecte". Aussi, les préfets rappellent-ils que tout travailleur étranger et tout travailleur colonial devra être pourvu d’une carte d’identité ou de circulation de couleur verte pour les ouvriers de commerce ou d’industrie, de couleur chamois pour les ouvriers agricoles. Ils devront se présenter avant le 3 juillet prochain munis de leur extrait d’immatriculation et d’une photo.
À Mazamet, devant la pénurie de main-d’œuvre, l’usine de gaz locale qui recherche des ouvriers chauffeurs et aides-chauffeurs, précise que les salaires seront majorés. C’est parce qu’elles réclament une augmentation de 0,20 à 0,25 F par journée de travail qu’une cinquantaine d’ouvrières des fabriques de tissage Lacombe et Cahuzac se sont mises en grève à Albi.
Quant aux maires du Gers, le préfet leur demande de mettre les habitants du pays et les réfugiés aux travaux des champs. Il précise que ceux qui refuseraient n’auront plus droit aux allocations. À Condom, la municipalité utilise les prisonniers de guerre pour le nettoyage des rues et des places et à des travaux de terrassement en plus de travaux agricoles.


Mémoire
Au début de juin, Lectoure décide l’achat de trois tableaux d’honneur pour inscrire le nom des enfants de la commune morts au champ d’honneur. Et la petite commune de Mont-de-Galié (Haute-Garonne), apprend le décès d’Edmond Fontan, mort au combat le 13 mai dernier : son nom sera porté à la fin de la guerre sur la cloche dédiée aux sept morts de la commune.


Mutilés
Avec l’appui de l’inspecteur des Forges de Toulouse, de nombreux mutilés (201) sont occupés dans les 14 usines ou ateliers de Toulouse notamment à la Poudrerie nationale, aux ferronneries du Midi (fabrique d’obus, de caissons…). . Ils sont utilisés sur des machines à percer, à la peinture, au taraudage, au montage de caisses à munition, au triage de la poudre à fusils et à canon et à divers travaux de bureau. Ils travaillent en équipes, de 6 h à 11 h ou de 13 h à 17 h et leur rendement moyen est estimé au ¾ du rendement normal.


Œuvres
Le Comité des Oeuvres de guerre a reconstitué au Parc Toulousain un "modèle exact de […] tranchées modernes". L’inauguration a lieu le 1er juin en présence des hautes autorités du département qui peuvent voir des tranchées "dites de première ligne avec deux postes de guetteurs avec réseau de fil de fer et [d’]un poste d’écoute souterrain". Puis elles visitent les tranchées de soutien avec lesquelles les communications se font par des boyaux. Les tranchées sont munies d’abris cavernes, d’abris de mitrailleuses, d’abris de munitions et elles sont armées de crapouillots, canons de tranchées, lance-bombes. Au-delà des tranchées, le réduit circulaire qui a été aménagé, constitue un ouvrage de résistance muni d’un poste de commandement et d’abris divers. À proximité ont été placés deux canons allemands de 77 et un obusier. Les tranchées sont visibles tous les jours et le prix de la visite est fixé à 0,25 F par personne et 0,15 F pour les enfants. L’exposition remporte un franc succès car on compte plus de 7 000 visiteurs au 9 juin.
À Albi, deux gros canons, un crapouillot, un lance-grenades et un lance-bombes pris aux Allemands, sont arrivés le 17 juin et sont depuis exposés sur la place publique.
Et l’intervention des œuvres continue au quotidien. Elles sont toujours à la recherche de financements, organisant la journée "serbe" le 25 juin, des tombolas, des matinées récréatives, des spectacles… Les "brosses souvenir" sont vendues par l’école-atelier des soldats aveugles à Toulouse au prix de 2 F.
Les "maisons du soldat" qui reçoivent tous les permissionnaires des pays envahis demandent, comme le directeur de celle de Toulouse située 10, rue Honest, des dons de literie (draps, couvertures, sommiers…) mais aussi des bols de déjeuner, de la vaisselle, des appareils de chauffage… Il rappelle que les permissionnaires reçoivent également un peu d’argent à leur départ.


Nos prisonniers
À partir du 5 juin, le gouvernement interdit aux œuvres d’assistance et aux familles d’envoyer des colis individuels de pain ou de biscuits aux prisonniers français en Allemagne. Ces envois seront dorénavant faits collectivement par la Fédération nationale d’assistance aux Prisonniers de guerre, militaires ou civils, et adressés aux sociétés de secours mutuels. Il incombe à ces dernières de répartir le contenu à raison de 2 kg par homme et par semaine. Les parents ou œuvres peuvent envoyer d’autres colis sans pain.


Soldats
Le ministère de la Guerre décide d’accorder des permissions pour évènement grave, le décès de parents proches ou une maladie grave de ceux-ci. Elles doivent être accordées même dans le cas où le militaire, n’ayant pas été prévenu à temps, doit prendre des dispositions urgentes rendues nécessaires par le décès.
Les permissionnaires de notre région pourront bénéficier du train express de nuit créé à la fin du mois. Il partira tous les soirs de Paris à 22h05 et arrivera à Toulouse à 9h35. 

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