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Février 1916

Le 3 février, le Royaume-Uni adopte le service militaire obligatoire et mobilise 4 millions d’hommes. Le 21 février débute la longue bataille de Verdun qui durera jusqu’au 11 décembre 1916.

13 novembre 2017
By: Patrick Roques

Économie

Les comités consultatifs d’action économique sont chargés dans chaque région militaire, depuis octobre 1915, de proposer les mesures nécessaires au développement de la production nationale. Pour la 17e région militaire, le comité demande au préfet de la Haute-Garonne de faciliter l’importation de main-d’œuvre étrangère et la mise à disposition de militaires et des prisonniers de guerre. Il intervient également dans le domaine des transports et de l’économie. Mais face aux nombreuses revendications, des sous-comités départementaux, moins exigeants, sont rapidement mis en place.
Organisant sur le même schéma le secteur agricole, l’État crée par décret du 2 février 1916 les comités communaux d’action agricole. Ses membres sont désignés parmi les conseillers municipaux et les principaux agriculteurs du territoire. Les "femmes dirigeant une exploitation agricole [pouvant prendre] part au vote et […] faire partie du comité", Madame de Terssac est membre de celui de Saint-Lizier dans l’Ariège. Il s’agit "d’organiser le travail agricole et d’assurer la culture de toutes les terres". Des comités cantonaux d’organisation agricole sont également institués pour conseiller les comités communaux sur toutes questions relatives à la mise en valeur du sol, à la main-d’œuvre, à la culture, aux réquisitions, au transport etc… Ils doivent servir d'intermédiaires auprès des autorités militaires et civiles (plaintes d’ordre général, réclamations…).
Parfois, l’armée intervient directement dans l’exploitation des ressources : le génie militaire du 18e Corps exploite depuis novembre 1915 les forêts de Bélesta (09) d’où sont tirées chaque jour 20 tonnes de bois, le double à la belle saison, ce qui paralyse les transports. Le bois étant une ressource importante, exclusivement réservée à l’armée, il fait défaut notamment à la presse qui diminue le nombre de pages publiées car les stocks de papiers s’épuisent.


Agriculture

La grogne des agriculteurs s’amplifie car ils jugent dérisoires les prix proposés par les commissions des réquisitions au moment où les matières premières manquent : le nitrate de soude, 45 F les 100 kg, devient rare car il est utilisé comme explosif par l’armée. Le sulfate de potassium manque également mais il provenait d’Allemagne. Le prix du sulfate de cuivre, jugé exorbitant par les viticulteurs d’Armagnac, est dû aux Anglais qui n’autorisent plus son exportation. Par ailleurs, de nombreux propriétaires de l’Aude ne peuvent pas obtenir de livraison des tourteaux nécessaires à l’alimentation des bestiaux et à leurs vignes car, cette fois, les exportations françaises sont privilégiées.
Même si les démonstrations de labour rencontrent un certain succès, les coûts d’équipement sont trop élevés et ne sont pas à la portée de la majorité des agriculteurs. De plus, le ministre de la Guerre annonce que l’armée peut, dans la mesure de ses possibilités, prêter les chevaux des dépôts aux agriculteurs mais dans les faits c’est quasiment impossible comme le déclare aux agriculteurs le préfet de l’Aude.


Armée

Le ministre de la Guerre envisage l’emploi de femmes dans l’armée. Aussi, les personnes intéressées doivent-elles en faire la demande, visée par le maire de leur résidence, auprès du sous-intendant militaire local en indiquant leur profession (copiste, dactylographie, ouvrière de magasin, etc…). Le sous-intendant de Carcassonne indique que les demandes doivent lui parvenir avant le 20 février et précise la durée de la journée de travail de 9 h (7 à 11 h et 13 à 18 h) avec repos du dimanche.
L’armée participe également aux sociétés locales de préparation militaire qui annoncent la reprise de leurs cours au début du mois. Aux séances d’éducation physique et de préparation au tir, s’ajoutent les cours de topographie et d’hygiène. La préparation militaire est alors assurée par les établissements publics d’enseignement et par les associations ou sociétés agrées par le gouvernement. Elle est sanctionnée par le brevet d’aptitude militaire.
Les besoins de l’armée recouvrent tous les domaines et en début de mois elle réquisitionne les rails et traverses appartenant au Tarn-et-Garonne, de lignes en projet : le département se résout difficilement à la perte de 36 km de voies et de plus de 80 000 traverses.


Municipalité

Les municipalités rencontrent de nombreuses difficultés financières et pour en atténuer les effets, Villefranche-de-Rouergue demande par exemple à l’administration des contributions directes une remise sur les 5 000 F d’impôts dus pour des immeubles réquisitionnés par l’armée.
Auch donne les raisons pour lesquelles les recettes, et notamment le produit de l’octroi par exemple, ont fortement baissé. Le départ de la presque totalité des soldats de la caserne en est la principale cause : la quantité de viande qui entrait en ville a fortement chuté ainsi que celle des fourrages, conséquence de la baisse des effectifs de la cavalerie. La diminution de la demande due à l’augmentation des prix de nombreux produits notamment alimentaires ou combustibles (bois, houille, charbon, pétroles…) et l’arrêt de nombreux travaux ont également entraîné une chute des comptes de l’octroi. Des conseillers municipaux proposent sa suppression ce qui fera économiser un personnel nombreux.
De plus, les municipalités doivent restreindre, à la demande du ministère de la Guerre, l’utilisation de l’énergie électrique réservée en priorité aux usines produisant les engins de guerre. L’éclairage public électrique est supprimé des voies pourvues d’appareils à gaz et réduit ailleurs, dans les lieux publics et privés (cafés, restaurants, salles de spectacles…), les "réclames lumineuses" étant désormais interdites. Aussi, la demande du "nombre considérable" d’ouvriers travaillant à la poudrerie toulousaine, reste-elle vaine : ils souhaitaient l’installation d’un éclairage public entre le pont Saint-Michel et la Poudrerie à l’intérieur du Parc Toulousain car "quand la lune ne brille pas c’est dans la nuit noire qu’ils doivent effectuer le trajet". C’est malheureusement le moment que choisit Villeneuve-d’Aveyron (Aveyron) pour inaugurer le 22 février son nouvel éclairage public électrique.
Ce n’est pas à cause de la réduction d’énergie électrique que Foix souhaite réviser son contrat forfaitaire annuel de 10 000 F qui la lie à Société d’éclairage locale. La municipalité a constaté depuis quelques temps que la société ne remplit pas toutes ses obligations : sur 333 lampes qui doivent éclairer du coucher du soleil à minuit, seules 163 le sont jusqu’à 23 h et la totalité des lanternes de banlieue ne sont plus allumées.
Quant à Toulouse, un grand nombre d’abonnés du gaz (600 environ) décide le 5 février de ne plus payer les quittances qui portent les nouveaux tarifs et le mouvement s’étend. Mais la ville signe quelques jours plus tard un accord avec la Compagnie : le prix du gaz est porté à 0,185 F le m3 et 3 F de dégrèvement par an seront accordés aux personnes habitant un logement avec un loyer de moins de 150 F.
Face aux professionnels de plus en plus nombreux qui ne tiennent pas compte des prix réglementés, les municipalités saisissent la justice : deux boulangers de Lombez ayant triché sur le poids du pain sont condamnés à payer 200 F pour l’un, à 150 F pour l’autre et à Albi pas moins de 35 laitiers qui avaient porté indûment le prix du lait de 0,25 à 0,30 F le litre de lait sont punis chacun de 15 jours de prison avec sursis et 300 F d’amende.
Enfin, une souscription est lancée à Saint-Affrique pour l’épée d’honneur du général de Castelnau, né le 24 décembre 1851 dans cette ville. Il est élevé depuis le 8 octobre 1915 à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur.


Transports

Malgré les commandes de wagons, les travaux d’agrandissement des infrastructures (gares essentiellement) et l’emploi de prisonniers manutentionnaires, les marchandises s’accumulent toujours. En conséquence, la société des chemins de fer du Midi décide l’ouverture des gares le dimanche pour évacuer dans un premier temps les marchandises en souffrance. Elle précise que ce jour comptera comme les autres jours.


Œuvres

À chaque mois, une nouvelle œuvre est créée : "l’union des Pères et Mères dont les fils sont morts pour la Patrie" a pour but d’honorer la mémoire des morts et de secourir moralement les parents frappés du deuil.
En ce mois, à l’exemple de la Haute-Garonne, les autorités organisent les différentes initiatives privées, les réunissant dans le Comité central des Œuvres de guerre qui siège à la préfecture. Cette mesure est probablement la conséquence de nombreux abus. Le dernier en date s’est déroulé à Albi lorsque le président des réfugiés du Nord est arrêté, accusé d’avoir détourné 1 200 F au préjudice de son association.
Le département lance la "semaine de la Haute-Garonne" et planifie les opérations pour recueillir les dons. Pour plus de facilité, Toulouse est par exemple divisée en secteurs parcourus par les quêteuses qui portent un brassard blanc galonné d’un ruban tricolore et présentent une carte timbrée du sceau de la préfecture dûment paraphé. Le tronc portatif est le même pour toutes et des commissaires choisis par le comité central aident les chefs de groupe dans le contrôle des diverses opérations de la quête. Le bénéfice est réservé aux mutilés, prisonniers orphelins et militaires tuberculeux de la Haute-Garonne.
Dans la capitale régionale également, la maison du soldat est inaugurée et ouverte depuis le 9 février et Albi rend compte que du 7 septembre 1914 au 3 févier 1916, 20 565 militaires ont été hospitalisés.
Dans le Gers, 29 enfants serbes, dont plusieurs accompagnés de leurs familles, sont accueillis le 14 février à Beaumont-de-Lomagne pour y suivre des cours à l’école primaire supérieure. Ils sont rejoints par des réfugiés de Meurthe-et-Moselle qui étaient retenus prisonniers en Allemagne depuis le début de la guerre. Le conseil général vote également les crédits et nomme une commission chargée d’ouvrir le plus tôt possible l’Institut départemental de rééducation agricole sur le modèle de celui crée dans la Haute-Garonne. Fondée à Toulouse, au 4 rue des Récollets, l’école professionnelle en faveur des mutilés et réformés est subventionnée par l’État. Les métiers enseignés sont la cordonnerie, la comptabilité, la sténodactylographie, la saboterie, la menuiserie, le tournage, la vannerie, la moulure et la sculpture ornementale.


Culture

L’académie des Jeux Floraux à Toulouse organise le concours de la Violette d’or et annonce que les ouvrages peuvent être envoyés à l’Hôtel d’Assézat et de Clémence Izaure jusqu’au 20 février. Le concours est ouvert à toute poésie (ode, sonnet ou groupe de sonnets, poème) inédite s’inspirant du sujet suivant : "à la gloire de l’armée française".
Par ailleurs, les milieux culturels toulousains s’enorgueillissent que la Joconde, célèbre tableau de Léonard de Vinci et 800 autres toiles signées Rubens, Raphael, Van Dyck, Watteau, Delacroix… soient protégés à l’abri dans un immeuble "près de la basilique romane à Toulouse". Il a fallu un train entier pour les transporter à la fin août 1914 du Louvre à la capitale régionale.


Allocations

Au début du mois, le préfet de l’Ariège annonce par voie d’affiche qu’il sévira contre les personnes, dont des secrétaires de mairies, qui abusent de leurs fonctions : certains établissent contre rémunérations des dossiers de demandes d’allocations ce qui est interdit.
Le rappel à la loi est également la procédure suivie par l’inspecteur d’académie du Tarn-et-Garonne : il rappelle aux instituteurs mobilisés qu’ils doivent l’informer de toute nomination en tant qu’officier ou gendarme car ils percevront alors une solde mensuelle. Ils doivent choisir entre la solde ou le traitement qu’ils reçoivent, sous peine de rembourser ensuite au Trésor l’une des deux sommes.
Enfin, la société des mines de Carmaux décide de prendre en charge les orphelins des mineurs tués ou disparus. Ils recevront pendant 2 ans une allocation de 15 F par mois. Les réformés et mutilés de la société toucheront toujours, sur la même période, une allocation temporaire égale à la moitié de la pension allouée par l’État.

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