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Août 1915

Il y a un an débutait la Grande Guerre : le lundi 2 août 1915 est le 365e jour du conflit. L’Italie qui avait rejoint la Triple-Entente en mai 1915, déclare la guerre le 21 août à l’Empire Ottoman.
On apprend par ailleurs que l’autorité allemande interdit l’utilisation du français dans les territoires qu’elle occupe, notamment à Strasbourg.

09 gener 2017
By: Patrick Roques

Agriculture

En ce début d’août, les premiers résultats des récoltes tombent : en plaine du Tarn, les quantités de blé sont déplorables et inférieures à la normale sur les coteaux, les rendements étant d’environ 6 à 12 hectolitres par hectare. L’Officiel agricole, organe de presse spécialisé, fait état des cultures en Tarn-et-Garonne. Il définit les rendements par des nombres allant de 80 pour "bon" à 30 pour "médiocre". Les topinambours et les betteraves sont à 80 ainsi que les prairies, le maïs et la pomme de terre à 70, les vignes à 40 et les fruits de table à 30. Le département du Gers juge satisfaisante seulement la moisson de blé, les autres récoltes ayant donné des moyennes inférieures au niveau régional.

De fait, il faut rapidement terminer les battages des blés, avoines et orges, bien avancés. Les prisonniers allemands participent activement à ces travaux. Arrivés par exemple le 2 août à Villefranche-de-Rouergue, ils en partent le 15, rejoindre la ville de Cordes où ils sont attendus avec impatience.

En prévision des prochains travaux des champs et des futures récoltes, les directeurs des services agricoles comme celui du Tarn, sur ordre de leur direction, sillonnent leur département et conseillent. Ils forment par des conférences, les agriculteurs sur les semailles d’automne et du printemps, sur les nouvelles pratiques, sur le choix des céréales à cultiver…

Enfin, le 17 août, le ministère de l’agriculture informe que la chasse ne sera pas ouverte cette année non plus, hors les chasses administratives "aux nuisibles".

Culture et sport

L’annonce de la venue de Mistinguett, alors célèbre chanteuse et actrice française, suscite un certain engouement. Venant de Paris, elle se produit le 19 août au théâtre des Nouveautés à Toulouse.

Deux autres évènements culturels d’importance sont annoncés. La toile de Jean-Paul Laurens, les "Jeux Floraux", peinte à Paris, vient de partir de cette ville le 5 août pour Toulouse où elle sera marouflée sur les murs du grand escalier du Capitole. À la cathédrale de Montauban, les travaux de restauration du grand orgue, qui date de 1675, ont repris ces derniers jours sous la direction de la maison Puget de Toulouse. Ils avaient été interrompus en août 1914. Avant d’être dans la cathédrale qui date de 1739, ils étaient dans l’église Saint-Jacques.

Vie municipale :

Narbonne publie le 4 août la statistique sanitaire concernant les causes de la mortalité communale pour le mois de juillet : 4 fièvres typhoïdes, 1 scarlatine, 1 diphtérie, 8 tuberculoses des poumons, 3 autres tuberculoses, 2 cancers, 1 méningite, 7 "ramollissements du cerveau" et hémorragie, 1 maladie organique du cœur, 2 bronchites aigües, 6 diarrhées et entérite, 1 néphrite, 1 débilité congénitale, 5 sénilités, 2 morts violentes et 1 suicide.

Le bureau de bienfaisance de la ville de Toulouse indique un nombre stable de familles assistées, 4 891 en 1913 et 4 877 en 1914 mais la dépense moyenne a augmenté de 32,62 F par famille en 1913 à 50,12 F en 1914. Le conseil d’arrondissement de la même ville décide le 16 août l’achèvement de la ligne de tramway reliant Toulouse à Castelginest et souhaite entreprendre celle allant jusqu’à Launaguet et l’assainissement du canal de Lalande.

Les municipalités rappellent enfin que les taxes sur les chiens doivent être payées et qu’ils doivent porter une médaille d’identité sous peine d’être capturés par la fourrière. Elles craignent le développement de la rage favorisé par les fortes chaleurs. Le problème prend de l’importance à tel point que, vers le 20 août, des villes comme Toulouse et Auch, prennent des arrêtés informant la population qu’en raison de la recrudescence de la rage, tout chien non muselé ou non tenu en laisse sera capturé et abattu après une période d’observation de 24 h.

Économie :

Les versements de l’or des particuliers continuent d’affluer dans les caisses de l’État car il faut bien financer l’effort de guerre et 307 500 F sont recueillis à Albi du 3 au 31 juillet. Au 7 août le département de la Haute-Garonne verse 2 359 000 F.

Parce que notre pays ne peut plus compter sur les mines du Nord, les industries extractives sont développées sur le reste du territoire. La commission des Mines de France est passée à la fin de juillet pour inspecter les mines de la région. Son intention est d’intensifier la production nationale de charbon. Le 22 août, elle rend compte de cette inspection et soulève quelques problèmes notamment à Carmaux. Malgré l’arrivée prochaine de main-d’œuvre annamite, elle reconnait qu’il sera difficile de fournir les importantes quantités de charbon demandées.

Nos soldats

En août, les casques Adrian, du nom du sous-intendant militaire Louis Adrian, sont distribués au front en grand nombre, 25 000 quotidiennement. Avec l’uniforme bleu-horizon, l’armée équipe et protège les soldats et s’adapte aux nouvelles conditions de combats et aux nouvelles armes. Elle crée sur le front plus de 200 laboratoires mobiles de toxicologie chargés de prévenir les attaques de gaz et de contrôler les points d’eau qui pourraient être empoisonnés… Elle avait également crée au printemps 1915 la section photographique des armées dont le secret des photographies est la norme.

Parfois, les recherches aboutissent à des résultats malheureux. C’est le cas pour les chevaux aux robes claires. Afin de les rendre moins visibles de l’ennemi, ils sont couverts d’un produit, le permanganate de potassium. Leur robe devient sombre. Mais il s’avère que le traitement est "légèrement toxique" ; la pratique cesse donc et les expérimentations se poursuivent.

Nos blessés

Après une relative accalmie, de nouveaux convois de blessés arrivent dans notre région, plus de 200 à Carcassonne le 2 août, autant pour la ville de Lectoure qui reçoit en plus des malades. Albi informe que, du 7 septembre 1914 au 6 août 1915, 15 165 soldats ont été soignés dans les hôpitaux de cette ville

Œuvres de bienfaisance

Le nombre d’œuvres de bienfaisance s’accroît de mois en mois, la dernière date d’août et son objectif est de recueillir des dons qui serviront à réparer les églises ruinées. Des malversations et détournements s’étant produits au cours des innombrables quêtes, les préfets décident qu’à partir du 2 août, toute personne qui veut quêter dans les rues, doit présenter une autorisation spéciale et porter un brassard au bras. L’autorisation est à demander aux autorités 40 heures avant la date fixée. Elle doit comporter les informations suivantes : la photographie et l’identité du pétitionnaire, l’indication de l’œuvre, de la localité, des voies, places ou établissements visités. Le cachet de la préfecture ou de la sous-préfecture doit figurer sur le brassard. Les personnes qui placent des troncs dans leurs magasins, entrepôts… lors de kermesses, de concerts ou de festivals sont engagées à suivre la même procédure.

Mais le nombre de bénéficiaires est de plus en plus élevé. Malgré les quêtes quasi quotidiennes et les nombreux dons, les stocks s’épuisent et les premières œuvres touchées sont celles en faveur des réfugiés belges : elles cessent, pour un temps, les distributions. Pour les œuvres qui envoient des paquets aux soldats, l’armée informe les associations et les familles que les colis ne doivent pas contenir d’alcool.

Les préfectures

 

En ce début d’août, le tribunal de police de Toulouse condamne cinq prêtres à une amende de 5 F chacun. Les procès-verbaux pleuvent dans cette ville comme à Pamiers le 21 août et ailleurs car depuis le début de la Grande Guerre les représentants et associations de l’Église catholique font œuvre de prosélytisme. Ils diffusent des images pieuses, des statuettes, des drapeaux avec des emblèmes religieux tel le Sacré Cœur du Christ. Aussi, les préfets ont-ils pris un arrêté interdisant tout emblème sur les drapeaux tricolores.

Le préfet de la Haute-Garonne déclare la guerre aux accapareurs car une enquête de ses services révèle que d’août 1914 à août 1915, 550 718 kg de volailles ont été achetés dans notre région et exportés alors qu’il n’y en avait que 79 855 entre août 1913 à août 1914. Il demande le 15 août aux maires du département de prendre des arrêtés contre les personnes qui font commerce d’exportation. Leurs affaires causent un lourd préjudice aux populations locales qui ne trouvent plus de volailles.

Enfin, parce que les jeunes gens sont de futurs soldats, le préfet demande aux maires de favoriser, créer et maintenir les sociétés de gymnastique et de tir Ces sociétés forment les jeunes à l’endurance et il faut qu’ils soient entraînés aussi bien au point de vue moral qu’au point de vue physique.

 

 

Dégradation du trésorier Desclaux

En février 1915 éclatait l’affaire Desclaux, du nom du trésorier payeur aux armées François-Eugène-Baptiste Desclaux, accusé de "recel de denrées alimentaires, de munitions, d’armes appartenant à l’État et de détournements". Arrêté, il avait été jugé coupable. Le 2 août 1915, la cérémonie de dégradation de ce militaire se déroule dans la cour d’honneur de l’école militaire à Paris. Portant son uniforme de lieutenant-colonel avec la croix de la Légion d’honneur, François Desclaux écoute la lecture du jugement lue par un capitaine-greffier. Puis un sergent s’avance et arrache la décoration militaire puis les boutons, découd les galons, tire et brise l’épée et jette le fourreau et le ceinturon au sol. Le coupable défile le long des rangs des soldats, tête nue et sort de l’école militaire. Il entre dans un fourgon cellulaire et est conduit en prison. La cérémonie a duré sept minutes.

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