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Mai 1915

Plusieurs évènements internationaux surviennent en mai 1915.

Le 7 mai, le paquebot britannique "le Lusitania" sombre au large de l’Irlande, torpillé par un sous-marin allemand. Plus d’un millier de passagers disparaissent dont 128 américains. L’évènement retentissant jouera un grand rôle sur l’évolution de l’opinion américaine vers la participation du pays à la guerre contre l’Allemagne.

Le 23 mai, le royaume d’Italie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie et le lendemain les Alliés protestent contre les massacres perpétrés par le gouvernement ottoman envers les Arméniens. Ils dénoncent alors les violences et découvriront un génocide.

26 maig 2015
By: Patrick Roques

La déclaration de guerre de l’Italie

Le 11 mai, 200 Italiens demeurant dans la région, sont mobilisés et rappelés à la hâte dans leur pays. La déclaration de guerre de l’Italie est la vingtième du conflit. Seuls le Monténégro et la Turquie s’affrontent sans déclaration.

En l’honneur de l’entrée en guerre de l’Italie, le ministre de l’Instruction publique, Albert Sarraut, accorde le 25 mai un jour de congé à tous les élèves pour pavoiser les rues. Le lendemain, les jeunes des écoles et les étudiants manifestent en l’honneur de ce pays. À 14 heures, le cortège se forme place du Capitole avec des drapeaux italiens et français et parcourt les principales artères toulousaines. Il passe devant le consulat d’Angleterre puis, rue des Arts, devant les consulats d’Italie et de Belgique. Le quartier général, la mairie, la préfecture et la plupart des établissements militaires sont pavoisés aux couleurs des nations alliées : France, Russie, Angleterre, Belgique, Italie et Serbie. À Rodez le 29 mai, les monuments publics et les casernes sont ornés aux couleurs des nations alliées et un cortège envahit la ville.

L’agriculture

Mai est le mois des transhumances et des concours agricoles. Ceux de poulains et de pouliches sont organisés à Auch le 6 mai – il est doté de 4 000 F de primes – à Mirande vers le 20 mai. Aux mêmes dates, se tiennent ceux concernant les taureaux étalons à Valence-sur-Baïse, à Ax-les-Thermes… Le concours de taureaux reproducteurs organisé à Foix est plus modestement primé, 580 F.

Les prix sur les marchés paraissent stables comme le montre la mercuriale du 3 mai à Montréjeau dans la Haute-Garonne. Le blé est à 30 F, le maïs à 19 F, le sarrasin à 16 F, l’avoine à 17 F, les haricots à 60 F et les pommes de terre à 7,50 F l'hectolitre. Les poulets coûtent 5,50 F et les poules 7 F alors que les dindons sont à 13 F l’unité. La douzaine d’œufs se vend à 0,80 F, le lait à 0,20 F le litre et le beurre à 3 F le kilo. Le bœuf et le veau sont à 1,10 F, le mouton à 1 F le poids vif.

Enfin, la circulaire permettant d’employer les ouvriers espagnols dans l’agriculture est publiée et les compagnies de chemins de fer proposent de les transporter à prix réduit (50%) à condition qu’ils soient au minimum cinq personnes.

L’approvisionnement

Le pain est essentiel à l’alimentation. Aussi, l’État réquisitionne de grandes quantités de blés afin d’empêcher toute spéculation et toute hausse excessive sur le prix du pain. Le ministre du Commerce met le 14 mai "une certaine quantité de blé" à la disposition de la chambre de commerce d’Auch au prix de 32 F le quintal, prix payé par le préfet lors de réquisitions. 6 000 quintaux de blé fournis par l’État sont mis en dépôt au gymnase d’Albi et les commissions départementales de l’alimentation de la population civile reçoivent également cette céréale et des farines qu’elles proposent aux communes au même prix.

Mais la fraude sur le pain reste importante. Le 15 mai, le conseil municipal de Toulouse demande une fois encore aux boulangers de vendre cette denrée au poids et non "à la forme" qui n’indique plus pour beaucoup, son poids. À Condom, le prix du pain blanc est à 0,48 F le kg, le pain bis à 0,40 et pain de 1,5 kg à 0,46 F le kg. De plus, les boulangers sont peu nombreux malgré les demandes des élus comme Jean Rieux, président du conseil général de la Haute-Garonne. Les autorités militaires refusent d’accorder un plus grand nombre de sursis à cette profession, privilégiant celles de forgerons et de maréchaux-ferrants indispensables à la vie rurale.

L’approvisionnement du bois et du charbon devient également de plus en plus problématique car les prix ne cessent d’augmenter. Pour la même raison, le syndicat des limonadiers supplie le 24 mai les pouvoirs publics d’intervenir pour le sucre comme ils l’ont fait pour le blé "ce qui a permis d’arrêter la hausse et la spéculation".

C’est encore les nombreuses plaintes qui concernent la qualité du lait. Il est toujours mouillé c’est-à-dire mélangé à de l’eau malgré la surveillance de la police. Celle de Carmaux accueille le 11 mai aux entrées de la ville, les laitières venues vendre leur lait. Elles sont conduites pour des vérifications au commissariat.

Le problème de l’approvisionnement du gaz ressurgit dans l’ensemble de la région. La population réclame du gaz de meilleure qualité pour le chauffage et l’éclairage. Le 10 mai, une panne générale à Toulouse laisse la ville dans l’obscurité et mécontente les Toulousains. Le conseil municipal sommé de s’expliquer, se défend en mettant en cause la pénurie de charbon qui sert à produire le gaz. Le 29 mai, l’union des propriétaires proteste une nouvelle fois contre la mauvaise qualité du gaz qui "est chargé d’acide sulfureux qui attaque les métaux". Mis en cause, le directeur de la compagnie locale de gaz répond que ce produit est victime de son succès – le nombre de clients croît de 3,5% depuis 1911 - et déplore le manque de main-d’œuvre due à la guerre. Mais, même de mauvaise qualité, le prix du gaz augmente. À Montréjeau comme à Condom et dans d’autres villes, il atteint 30 centimes le m3, en raison de la "hausse anormale du prix des charbons à gaz".

Même les responsables d’industries textiles font part de leur mécontentement car ils dénoncent la faible qualité de laine dite "laine commune" qu’ils reçoivent de l’État. Elle est difficile à travailler et les draps réalisés pour la troupe ne satisfont pas aux contrôles des commissions de réception.

Enfin, le conseil général de l’Aveyron considérant le faible nombre d’instituteurs, le manque de main-d’œuvre et la fréquentation médiocre des classes durant la période estivale, sollicite le 8 mai l’administration pour qu’elle fixe la date des vacances au 1er juin et "la rentrée à la fin des hostilités".

La vie municipale

Les manifestations et défilés du 1er mai "fête du travail", sont interdits par les municipalités. Ce jour-là, le gouvernement indique aux maires que les conseils municipaux peuvent délibérer si la majorité des élus non mobilisés est présente. Il précise que les conseillers mobilisés ne sont pas déchus de leur mandat qui court jusqu’aux prochaines élections qui auront lieu sitôt la guerre terminée.

La santé publique est une des missions des municipalités. Les vaccinations obligatoires et gratuites concernent l’ensemble des habitants. Tous les enfants de 3 mois à 1 an doivent subir la première vaccination, ceux de 10 à 11 ans la "première revaccination" et ceux de 20 à 21 ans la "seconde revaccination". Les personnes qui refusent reçoivent une contravention. Le 8 mai, Castres débute la vaccination contre la variole.

Les mairies imposent aussi quelques mesures sanitaires. Celle de Gaillac demande que le balayage des rues soit effectué tous les jours dès huit heures par les propriétaires ou les locataires. Suite aux réclamations, Montauban exige que les chiens entrant au jardin des Plantes soient tenus en laisse et interdit par ailleurs, la circulation dangereuse des vélocipèdes sur les trottoirs, promenades et sous les couverts de la Place Nationale.

Les communes prennent également en charge les vieillards, les infirmes et les incurables. Celle d’Albi annonce que les listes qu’elle a établies peuvent être consultées à partir du 30 mai pendant 20 jours au secrétariat de la mairie qui recevra les réclamations de chacun. En ces temps difficiles, les personnes démunies sont plus nombreuses qu’avant comme le constate la municipalité d’Agen. Le nombre de bénéficiaires des soupes populaires qu’elle a organisées, a augmenté de 11 369 en un an, 814 familles ayant été aidées et 33 099 repas gratuits distribués.

Enfin, dans le cadre de mesures environnementales, la municipalité toulousaine décide le 14 mai, la destruction des nids et couvées d’oiseaux nuisibles tels les pies et corbeaux. Elle autorise l’emploi de fusils limité aux dimanches 16, 23 et 30 mai et seuls les chasseurs pourvus d’un certificat du maire recevront pour l’occasion 200 gr de poudre chacun.

L’éducation, la vie culturelle et sportive

Le 28 mai, le ministère de l’Instruction publique publie une partie du Livre d’or de l’Université et invite les lycées et collèges à faire de même pour les anciens élèves morts aux combats.

C’est en grande partie au "nom des morts et des mobilisés qui défendent la patrie" qu’un grand nombre d’albigeois, désapprouvant les représentations cinématographiques et théâtrales en temps de guerre, demandent au maire de les faire cesser. Ce n’est pas le cas à Toulouse car le théâtre Lafayette annonce le 11 mai qu’il produira prochainement l’artiste d’opéra-comique Boulogne et le célèbre ténor Tharaud de retour des tranchées. Les spectacles sont donnés en faveur de l’œuvre des mutilés.

Nos soldats :

En mai, le ministre de la guerre passe contrat pour la fourniture de croix de guerre. Cette décoration, créée au mois d’avril, récompense les soldats pour faits de bravoure. Il décide aussi que les engagements volontaires sont encore possibles sauf pour le train des équipages et les sections d’infirmiers, secrétaires ou commis. Puis il fait appel aux hommes du service auxiliaire de la classe 1916.

Le 21 mai, les autorités refusent les permissions sur le front car elles craignent que le secret des opérations soit compromis par les nombreux permissionnaires en contact avec la population locale. Et le 26 mai, le ministre décide que chaque soldat sera dorénavant équipé de deux plaques d’identité. Lors de la mort du militaire, l’une doit rester sur son corps, l’autre sera rapportée aux autorités. Il rappelle aussi que la veuve d’un soldat décédé des suites d’une maladie contagieuse reçoit 375 F par mois et celle d’un soldat tué à l’ennemi, 563 F. Il confirme enfin que la pension de veuve n’est accordée qu’à la femme mariée à un militaire décédé et non à sa fiancée. Des aides peuvent être attribuées aux enfants reconnus. Quant aux ascendants, ils n’ont droit aux secours que si le militaire décédé n’a laissé ni veuve, ni enfant.

Par ailleurs, les disparitions de jeunes enfants continuent. "Je suis parti pour le front avec Léon Breil de Viviez et Fernand Abraham" écrit l’un d’eux à ses parents. "Avertissez leurs parents". Heureusement vite rattrapés le 7 mai par la gendarmerie, ces jeunes de 12 à 14 ans après avoir couché à la belle étoile rentrent chez eux. C’est également le cas de deux jeunes ariégeois de 12 ans partis "pour l’Alsace" à la fin du mois. Arrêtés sur signalement à la gare de Toulouse, ils sont remis à leurs parents.

Les blessés et les réfugiés :

Les blessés arrivent toujours plus nombreux dans notre région le 1er mai à Alan dans la Haute-Garonne puis à Foix, à Auch... 222 encore à Toulouse le 10 mai, ville qui en reçoit 250 le 27 mai. À Albi, suivant en cela les préconisations de monsieur Ouradou, les hôpitaux de la ville sont tous équipés depuis le début du mois, d’un jeu de quilles, d’un jeu de boules, d’un jeu de palet et d’un jeu de fléchettes.

Par ailleurs, les blessés gravement atteints peuvent suivre des formations adaptées comme celles inaugurées le 11 mai à l’école de commerce de Toulouse. La médecine pallie également dans une certaine mesure à leurs souffrances. Le professeur Pierre Delbet présente en ce mois à l’Académie de médecine une prothèse qui facilite la marche des personnes amputées d’une jambe.

Comme les blessés, les réfugiés arrivent en grand nombre. 200 personnes sont reçues à Villefranche-de-Rouergue le 1er mai, 500 à Toulouse le 5 mai, 250 à Auch le 15, d’autres encore le 26 à Montesquieu-Volvestre… Ils proviennent via la Suisse, d’Allemagne où ils étaient prisonniers où des départements du Nord évacués par l’armée. Les autorités estiment que la région toulousaine qui compte 6 000 réfugiés au 20 mai, peut en accueillir 15 000. Les municipalités rappellent aux habitants qui offrent le logis et le repas aux réfugiés qu’ils toucheront 0,75 F par jour et enfant de moins de 16 ans, 1 F jusqu’à 21 ans pour les jeunes hommes et les femmes et 1,25 F par homme.

Les conseils de guerre, la censure et les escrocs

Le conseil de guerre se réunit quatre fois en mai. Il juge les habituelles affaires d’insoumission, de désertion, de violences, de blessures volontaires, de refus d’obéissance, d’escroqueries, de vols et d’injures. Il est moins habituel qu’il juge une affaire de mauvais traitements infligés publiquement et abusivement à des animaux domestiques. Pourtant, en ce début de mois un soldat est accusé de frapper sauvagement les bêtes qu’il a sous sa responsabilité. Les premières condamnations tombent aussi sur ceux poursuivis pour avoir tenu des "propos alarmistes".

Pour cette raison, à cause d’"articles ou passage d’articles de nature à soulever l’opinion et à exciter le désordre", le journal "Le Quatrième" est saisi le 1er mai par l’autorité militaire qui le suspend à partir du 15 mai pour un mois.

De plus en plus d’affaires d’escroqueries apparaissent. Le 6 mai, la police arrête à Toulouse, trois individus venant de la Côte d’Azur qui échangent de faux billets de 20 F. Puis, de pseudo réfugiés se présentent le 16 mai chez un particulier et, avec de faux papiers de la mairie, obtiennent d’être nourris et logés pendant quelques jours jusqu’à ce qu’ils soient découverts et arrêtés. C’est aussi le cas de cet homme habillé en officier qui prend pension dans les hôtels de la région. Il termine son voyage le 17 mai à Carmaux, en prison. C’est enfin l’"escroquerie aux blessés". Un homme se présentant comme brancardier, apporte des nouvelles de blessés à leurs familles. Elles lui confient de l’argent qu’il doit leur remettre. Malheureusement pour lui, la dernière famille qu’il aborde a reçu les jours précédents des courriers de leur fils blessé. L’escroquerie est éventée et le personnage arrêté par les gendarmes.

Les œuvres sociales

Les œuvres sociales sont indispensables car elles obtiennent des résultats remarquables. La journée du "75" a rapporté dans l’Aveyron plus de 35 000 F et le Touring Club de France qui l’a organisée, déclare qu’il a reçu de la France entière plus de 5 millions de francs (5 354 849 F). Il a ainsi pu acheter 106 000 paquetages, chaussons de tranchées, sacs de couchages, culottes de velours, sous-vêtements, lampes électriques de poche, périscopes, bracelets montres, jumelles… aussitôt envoyés aux troupes.

Les soirées de bienfaisance comme à Gimont le 2 mai au profit des blessés succèdent aux concerts comme celui militaire de Montauban et les nombreuses souscriptions, quêtes… deviennent à la longue désagréables car le nombre d’œuvres est important. Parce que certaines personnes s’en plaignent et qu’il y a quelques abus, les autorités veulent règlementer les associations. Le préfet de l’Aveyron décide vers le 15 mai qu’aucune quête, souscription, organisation de journée ou vente sur la voie publique ne pourra avoir lieu sans une autorisation écrite.

Malgré cela, de nouvelles œuvres voient encore le jour. Celle de la "journée française" créée le 1er mai, a pour but de soulager la misère des populations envahies. Le 8 mai, "l’association nationale française pour la protection des familles des morts pour la Patrie" est également déclarée. C’est en mai aussi que l’association Valentin Haüy en faveur des aveugles étend son action aux aveugles de guerre.

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